Publié dans Lettre ouverte

Lettre à Nadia El Mabrouk

En lisant le texte Diversité, inclusion et propagande de Nadia El Mabrouk dans la Presse + du 14 mars 2018, je n’ai pu m’empêcher de grincer des dents. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle associe hijab et valeurs canadiennes. En plus de faire un amalgame avec les costumes de Trudeau lors de son passage en Inde et la neutralité de l’État. Étant une Québécoise convertie à l’Islam et portant le Jilbab, j’étudie à la maîtrise en médiation interculturelle à l’Université de Sherbrooke. Oui, vous avez bien lu, je porte le jilbab et je vais à l’Université. Ce n’est pas ce qui m’empêche de faire quoi que soit d’autres, d’ailleurs.

Le Hijab

Mais revenons au hijab. Mentionner dans le Coran, chacune y va de son interprétation. Pour certaines, il est obligatoire et c’est sans équivoque. Pour d’autres, ce ne l’est pas. Le port du voile est un choix personnel et n’est en aucun cas une valeur canadienne. Je ne peux pas parler pour toutes les femmes musulmanes, mais la pudeur est plus importante que le fait de porter le voile. Chacune a sa manière de l’exprimer. Pour moi, son expression passe par le port du Jilbab, mais il y a autant de façons de l’exprimer qu’il y a de femmes. Et ce n’est pas parce qu’une femme décide de porter le voile qu’elle est meilleure qu’une autre.

Chaque femme a son histoire par rapport au voile. Je connais des femmes qui ont grandi au Maghreb et ne le portent pas. Des converties, qui, comme moi, l’ont porté très tôt dans leur cheminement spirituel. Et l’inverse est aussi vrai. Chacune d’entre elles a des raisons spécifiques au fait de le porter ou non. Une chose est sûre. En islam, personne ne peut obliger qui que ce soit des autres, notamment pour la femme et le port du voile. Entre musulman·e·s, le mieux à faire est de conseiller respectueusement celui que l’on croit être dans le tort.

Les publicités avec le Hijab

Personnellement, lorsque j’ai vu les publicités citées dans le texte d’El-Mabrouk, j’ai compris qu’au Canada, qu’importe notre apparence, nous avons la possibilité de faire ce que nous voulons Qu’au Canada il n’y a aucune barrière comparativement à d’autres endroits dans le monde. J’ai versé une larme en regardant celle de Procter & Gamble.

Ce qui me déplaît dans l’opinion d’El-Mabrouk, c’est qu’en voulant faire en sorte que les femmes musulmanes ne soient plus visibles, elle leur nuit. Parce qu’une femme musulmane porte le voile, elle n’est pas utile à la société ? Il est préférable pour elle, d’être à la maison ? À cause de ce voile ? Comme le projet de charte de Parti Québécois en 2013 le proposait ? Pour beaucoup de Québécois, les termes « laïcité » et « neutralité » sont confondus. La laïcité est déjà présente au Québec. Depuis longtemps. C’est la séparation entre la religion et l’État. La neutralité est le fait de ne pas émettre d’opinion par rapport à une situation donnée. Le fait de porter ou non le voile a-t-il un effet avec la neutralité ? Non.

Je suis d’accord, mais…

Le seul point avec lequel je suis d’accord, c’est le fait que Trudeau s’est ridiculisé lors de son voyage en Inde. Non seulement lui, mais tout le Canada. Par contre, il est vrai lorsqu’on travaille avec le public, qu’importe la culture, s’y intéresser est la moindre des choses. En fait, c’est la base. Par contre, il faut savoir doser en la matière. Trudeau et sa famille, n’étant pas Indiens, n’avaient pas à porter des costumes traditionnels, habituellement mis dans un contexte particulier. Bien qu’extrêmement boiteuse, son intention ne soit sûrement pas de mal faire, mais de montrer son intérêt aux Indiens. Mais, comme un peu partout ailleurs, l’Inde est un pays ayant des subtilités qui ont peut-être été négligées. Dans ce cas-ci, la neutralité aurait eu sa place ! Tout en respectant certains points importants de la culture indienne.

Bref, si l’on veut faire en sorte de représenter un groupe quelconque, il faut s’assurer de parler adéquatement en fonction des nuances. Ce qui n’est pas le cas, pour moi, mais sûrement pour d’autres femmes, avec les propos tenus dans ce texte d’El-Mabrouk. Par contre, je constate qu’El Mabrouk a des partisan-e-s.

Publié dans évenements, Lettre ouverte, médiation interculturelle

Femmes et féminismes en dialogue: lettre ouverte

[Collaboration]

Ce texte a été écrit en collaboration avec des étudiantes de deuxième année à la maîtrise en médiation interculturelle offert par l’Université de Sherbrooke dans le cadre du cours Projet Intégrateurs 3. Les images sont de Rafael Benitez de l’organisme Paalmtl.

 

Depuis toujours, on se questionne sur la place des femmes dans la société. Comment développer leurs droits ? Lesquels prioriser en premier ? Quel type d’égalité hommes femmes devrait-on viser ? Comment y arriver ? Quels types d’obstacles les femmes vivent-elles au quotidien ? Beaucoup de questions, beaucoup de possibilités. Avec les récents événements au Québec (adoption de la loi 62, la Commission d’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, la Commission sur le racisme systémique, la vague de dénonciation pour les inconduites sexuelles, etc.) on peut se questionner encore plus sur ce que la femme représente au sein de notre société. Quelles femmes veut-on voir ? Quelles femmes veut-on cacher ? Les femmes sont-elles solidaires les unes des autres ? Y a-t-il un ou plusieurs féminismes? Le féminisme se vit-il de façon identique ailleurs dans le monde ? Sinon, de quelle manière est-il vécu ?

Depuis des siècles, le mouvement féministe a apporté beaucoup aux femmes et par conséquent, aux sociétés. Mais principalement dans les dernières années. On sait que le féminisme a toujours existé sous différentes formes. On pense à Olympe de Gouges et sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), aux suffragettes et au droit de vote (1832 au milieu 1940 environ), à Simone de Beauvoir et à la lutte pour la légalisation de l’avortement (deuxième partie du 20e siècle), à Thérèse Casgrain qui fonde la Fédération des femmes du Québec en 1966, à Malala Yousafzai et l’éducation des filles (actuellement) ou à Natacha Kanapé Fontaine et aux femmes autochtones (actuellement). Les exemples ne manquent pas. Mais encore aujourd’hui, et partout, de nombreuses femmes vivent des conditions difficiles et injustes. Il y a des avancées, mais elles sont inégales selon le contexte. Les différences au sein des diverses sociétés, politiques et économies varient, non seulement d’un pays à l’autre, mais aussi d’un secteur à l’autre.  La politique illustre bien cette nouvelle dynamique. On n’a qu’à penser aux dernières élections municipales[i] au Québec. Non seulement on vient d’élire la première femme comme mairesse de Montréal en la personne de Valérie Plante, mais le pourcentage de femmes présentes dans les différents conseils municipaux est de 31,3%. La grande majorité étant âgée de 35 à 44 ans. Une augmentation depuis 2005 où la présence des femmes rodait, à l’époque, autour de 26%. Et plusieurs autres premières se sont produites lors de ces mêmes élections municipales, autant à Montréal qu’en région, en ce qui a trait à la cause des femmes. Entre autres, le Québec a élu la première femme autochtone à Montréal comme conseillère, mais aussi la première femme transsexuelle comme mairesse à Très-Saint-Rédempteur, en Montérégie.

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On parle des progrès de la cause des femmes, entre autres en politique, au Québec. Mais est-ce le cas pour toutes les femmes selon les différences sociales, religieuses, culturelles, d’origines et de générations ? Et qu’en est-il ailleurs dans le monde ? On pense que ces femmes se battent contre un environnement misogyne dans leurs sociétés ou communautés d’origine, un environnement que l’on croit plus inégalitaire que le nôtre. Qu’en est-il vraiment ? C’est ce dont il sera question lors du Forum et du Colloque Femmes et Féminismes en dialogue du 26 au 29 novembre 2017. Cet événement regroupera des femmes, déjà dans un processus de dialogue dans leur pays et venues pour partager sur les réalités multiples des femmes dans leur société et dans le monde. Non seulement tous les continents y sont représentés, mais les femmes qui sont présentes viennent autant de la société civile que du monde universitaire. Les sujets abordés vont des tensions qui existent entre femmes, aux avancées et reculs dans le ou les mouvements féministes. Cet événement a pour but de favoriser les échanges, savoirs et stratégies, entre participant-e-s. De plus, on vise la solidarité entre les femmes pour se construire et se renforcer au-delà des frontières. Organisé par une équipe de recherche action médiation interuniversitaire, cet événement rassembleur se tiendra à Montréal (Centre Justice et Foi) le 26 et 27 novembre et à l’Université de Sherbrooke, campus de Longueuil le 28 et 29 novembre. Pour plus d’informations, visitez le site du Colloque et du Forum international Femmes et féministe en dialogue.

[i] Source : Affaires municipales et Occupation du territoire https://www.electionsmunicipales.gouv.qc.ca/je-minforme/portrait-statistique-preliminaire-des-elections-municipales-2017-candidats/