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Être féministe et rabat-joie… Oui, ça se peut!

Depuis quelque temps, je me trouve à lire beaucoup de livres sur le féministe. Ils sont tous pertinents les uns que les autres. Mais pour le dernier en ligne, j’avoue avoir un gros coup de cœur. Il s’agit de Carnets d’une féministe rabat-joie, essais sur la vie quotidienne d’Erin Wunker. Lorsque je me l’étais acheté en juin, je me suis dit, bon encore une qui se dit féministe, mais qui ne l’est pas vraiment. Au contraire, Wunker a commencé l’écriture de ce livre vers la fin de sa grossesse et l’a terminé après. Cette particularité teinte son écrire, car son rôle de mère est présent tout le long du livre. Publié originalement en 2016 et traduit par la suite pour être publié en Français en 2018, ce livre de 209 pages se divise en trois grands thèmes. Quoiqu’en fait, l’introduction pourrait être un chapitre en soi, car elle est très longue. Mais dans les trois chapitres du livre, il y est question de la culture du viol, de l’amitié au féminin et de la maternité féministe. Survol du livre…

Carnets d’une féministe rabat-joie © Myrianne Lemay

La culture du viol

Dans ce chapitre, l’affaire Gomeshi revient souvent dans le chapitre. Car c’était ce qui était dans l’air lors de la rédaction du livre. Mais ce n’est pas le seul exemple qu’il y a dans ce chapitre. Seulement dans le cas de l’auteure, on peut dénombrer près d’une dizaine d’exemples tirés de son vécu dès le début du chapitre. Et je suis certaine que beaucoup de femmes pourraient s’y reconnaître. Que ce soit le commentaire désobligeant d’une adulte qui nous dit comme se positionner en vraie femme ou du geste obscène d’un inconnu au parc. Tout y passe. Il est question évidemment de misogynie, notamment avec l’histoire de la Polytechnique en 1989. Les idées préconçues et les préjugés sont aussi à l’honneur et démenti. Par exemple le fait que les violeurs sont de purs inconnus ou que la femme fait souvent tout pour se faire violer.

L’amitié au féminin

Les clichés sur les amitiés féminines ont la vie dure. En effet, dans la culture populaire, on essaie de démontrer que les femmes sont très difficiles entre elles. Comme si elles étaient toujours en compétition les unes contre les autres. Pourtant, selon Wunker, plusieurs exemples d’amitiés au féminin existent. Mais non ! Les médias ont tendance à montrer des femmes hystériques prêtes à tuer la maîtresse de leur homme alors que c’est ce dernier qui est dans le trouble. Un bel exemple est celui d’Archie ou Betty et Véronica semble s’apprécier, mais rivalisent pour être l’élue d’Archie. Sinon, la conciliation travail/famille, les rôles non conventionnels, les relations toxiques avec d’autres femmes sont abordés. Parfois même, les femmes participent à la propagation de ces fausses idées, et ce, sans même le savoir. Par exemple, de dire qu’il est plus facile d’être amie avec des hommes, car moins de chichi…

La maternité féministe

Ici aussi, les idées reçues concernant la maternité sont abordées. Au moment d’écrire son livre, Wunker était enceinte/venait d’accoucher. Forcément, les conseils donnés différents selon la personne à qui ils étaient destinés. Elle a pu constater que son conjoint ne recevait pas les mêmes recommandations qu’elle-même. Le rôle de mère est évidemment abordé. Qu’est-ce qui fait que l’on est une bonne mère ? Qui s’occupe de maman quand elle est malade ? Quand devient-on réellement mère ? Et l’identité en tant que femme, ça se résume à quoi quand on a des enfants ? Beaucoup de questions sont posées. Je dirais que ce chapitre en particulier est le plus personnel, du fait que l’auteure parle de sa fille de quelques mois. Bien que dans tout le livre, elle parle de son expérience personnelle, la maternité est une nouvelle étape dans sa vie et on sent qu’elle s’ajuste à cette réalité.

L’éducation des enfants en tant que féministe…

Car oui, tout au long du livre, bien qu’elle nous ramène en arrière pour certains exemples, la présence de sa fille se fait sentir. Elle se questionne sur l’éducation qu’elle voudrait lui donner. En gros, comment faire en sorte que ma fille ait confiance en elle et autres sans être une proie facile pour les hommes. Je crois que tous les parents de fillettes se sont posé cette question. Elle mentionne aussi l’exemple d’une amie qui a un garçon. Cette dernière se questionne plutôt sur comment faire en sorte que son garçon ne devienne pas un prédateur, mais un être respectueux des femmes. Car, on s’entend, il y a beaucoup de travail à faire pour éduquer à la réalité des femmes et réussir à mettre fin au patriarcat ! D’ailleurs, le préambule du livre est adressé à sa fille. Et c’est vraiment un beau texte.

Qu’est-ce qu’une féministe rabat-joie ?

Il faut comprendre qu’à la base, la société est majoritaire patriarcale. Elle nuit autant à la femme qu’à l’homme. Être féministe rabat-joie, c’est abattre les joies qui sont rattachées au patriarcat. Donc, l’aspect d’inégalités entre les sexes, mais aussi au sein du même genre. Le féministe est donc un moteur de changement social. On peut aussi dire que la féministe rabat-joie pratique donc le féministe intersectionnel dont j’ai déjà parlé l’an dernier. Mais Wunker définit le féministe rabat-joie ainsi : il « prend plaisir à démonter les normes patriarcales qui passent pour du bonheur. » Aujourd’hui, le bonheur est quelque chose de pratique et qui permet une certaine socialisation. En fait, il est achetable. Pour réussir dans la vie, il nous faut absolument tel produit et tel type d’ami·e. Si nous ne possédons rien de cela, notre vie est un échec.

Le refus comme acte féministe

Pour Wunker, le refus est un acte révolutionnaire. Elle fait le parallèle avec le Refus global, un manifeste cosigné par plusieurs seize Québécois·es en 1948. Contrairement à ce qu’on entend d’habitude, des noms d’hommes, elle mentionne Françoise Sullivan, l’une des sept femmes signataires du manifeste. Et honnêtement, qui d’entre vous est capable de nommer les noms de ces femmes ? Moi, ce n’est que les noms d’hommes qui me reviennent en tête. Parce que c’est ce qui est enseigné ! Autre exemple, celui de Sara Ahmed, qui enseignait au Collège Goldsmiths. Elle a démissionné, car l’Université n’a pas fait l’effort de régler adéquatement les cas d’agressions sexuelles sur le Campus. Problème qui atteint majoritairement les femmes. Elle démissionna, car elle refuse de travailler dans un endroit causant une fracture entre les deux sexes. Geste courageux, s’il en est !

Pour être honnête, j’ai dévoré cette lecture. Ce qui est bien, c’est que les exemples sont proches de ce que nous vivons au quotidien, c’est-à-dire nord-américains. En plus, le texte est traduit en québécois, ce qui peut faire rire par moment. Le texte, malgré la lourdeur du sujet, est écrit dans un style léger. L’humour étant quand même présent malgré tout !

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Katimavik, de qu’éssé ? Ma réponse en 5 points

En 2002, j’ai fait Katimavik. Il s’agit d’un programme fédéral qui permet de découvrir le Canada par le bénévolat. Mais ce n’est qu’une facette de ce que le programme offre. En effet, non seulement, cela permet de découvrir le pays, mais avant tout, se découvrir en tant qu’individu. Je vous parle de ça, parce que je viens de relire le livre Katima… quoi ? de Jacques Hébert. Petit livre de 200 pages publié chez Cosmopolite en 2001. Les profits allaient, à l’époque, à Katimavik. Mais je ne vous parlerais pas du livre, mais de mon expérience durant le programme, mais surtout de ce qu’est Katimavik.

Livre Katima… quoi (c) Myrianne Lemay
J’avais rencontré Jacques Hébert lors de l’événement organisé à Vancouver pour le 25e anniversaire de Katimavik (c) Myrianne Lemay

Qu’est-ce que Katimavik ?

Katimavik, signifie lieu de rencontre, en Inuktitut et s’adresse à tou·te·s canadien·ne·s âgé·e·s de 17 à 21 ans. Lorsque moi je l’ai fait, j’avais 20 ans. J’ai eu mes 21 ans durant le projet. La principale mission est de favoriser le développement personnel des jeunes. Pour y arriver, Katimavik mélange le bénévolat, des activités de formation et la vie de groupe. Les formules ont changé depuis la fondation du programme en 1977. À ma connaissance, il y a des cohortes qui ont eu un volet militaire. Il y a eu aussi quelques cohortes qui ont pu faire une rotation en Californie. La durée dans le temps a eu différentes formes aussi. Actuellement, le programme dure 6 mois. Quand je l’ai fait, on y était pour 7 mois. Dans mon cas, de janvier à août. Mais avant ma participation, le programme durait 9 mois. Pourquoi ? En raison du budget.

Katimavik et les coupures budgétaires

En effet, depuis 1977, Katimavik a eu de nombreuses coupes budgétaires. Malgré les bons commentaires que les gens peuvent dire sur le programme, les Conservateurs ont eu tendance à fermer complètement le programme pour plusieurs années. La première fois c’était de 1986 à 1994, sous le règne de Brian Mulroney. La deuxième fois c’était de 2012 à 2018 à cause de Stephen Harper. Les fois où le programme revenait, c’était quand les Libéraux étaient au pouvoir. Lors de l’inauguration initiale, c’était Pierre Elliot Trudeau qui était là. Ne demandez-vous pas pourquoi, il est ami de Jacques Hébert. En 1994, c’était Jean Chrétien et tout récemment, c’était Justin Trudeau, le fils de l’autre, qui a eu la tâche de ressuscité le programme. Le budget a un impact aussi sur la participation des gens. Lorsque moi je l’ai fait, c’était gratuit à 100%. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Katimavik aujourd’hui

Aujourd’hui, Katimavik est toujours présent malgré la dernière coupure conservatrice. Comme il a été mentionné, le programme a déjà été gratuit. Ce qui n’est plus le cas désormais à cause du manque de subventions. Par contre, le Gouvernement Canadien en donne quand même une bonne partie. Mais lors de l’inscription, celui qui souhaite participer à Katimavik doit débourser 150$ pour s’assurer d’une place. Ce qui peut sembler discriminatoire comparer à la version antérieure. Les jeunes moins fortunés ne peuvent pas participer. Mais en même temps, la tranche d’âge des participants a changé. Il faut désormais être âgé de 18 à 25 ans. Donc, des adultes, pour la plupart des provinces, pouvant travailler. Mais bon ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, dans le livre Katima… quoi ? il est question d’un jeune qui vivait dans le rue et qui s’en est sorti grâce à sa participation au programme…

À quoi ressemblait Katimavik lorsque je l’ai fait ?

Comme je viens de le dire, j’ai participé à la version 7 mois du programme. On recevait même un 21$ par semaine et une bourse de 1000$ si on complétait le programme. Nous devions visiter trois communautés dans différentes provinces : deux anglophones et une francophone. Aujourd’hui, il n’y a que deux rotations : une anglophone et une francophone. Car l’un des buts de Katimavik c’est d’apprendre la deuxième langue officielle du pays. Ce qui est quand même important. Mais la vie de groupe a un impact sur ce que nous apprenons. Le groupe est composé de 11 jeunes et d’un agent de projet. Ce dernier est le lien entre le groupe et la communauté. Mais à chaque rotation, nous devions nous occuper de faire la maison pendant que les autres travaillent. Nous pensons aussi une période dans une famille de la communauté afin de connaître la culture locale.

Oui, il y a une erreur dans mon nom 😂 C’est une chose tout à fait fréquente 😂 (c) Myrianne Lemay

Mes trois rotations durant Katimavik

La première rotation que j’ai fait était en Saskatchewan, dans la communauté de Swift Current. J’y ai travaillé dans un centre où des personnes ayant des déficiences mentales travaillaient dans différents secteurs : couture, menuiserie et assemblage. Il y avait le secteur des loisirs, là où j’ai travaillé, j’ai eu énormément de plaisir à y être. Pour la deuxième rotation, je suis revenue au Québec à Saint-Adèle. J’ai travaillé pour l’Entraide Bénévole et la maison de la famille des Hautes Laurentides. J’y ai fait diverses tâches, comme être réceptionniste, travailler auprès des enfants et faire de la cuisine. La dernière rotation était en Colombie-Britannique, à Princeton dans la Vallée de l’Okanogan. J’y ai travaillé dans un hôpital principalement à l’aménagement paysager, mais parfois avec les personnes âgées. Je n’ai pas aimé ma dernière rotation. J’ai eu l’impression d’être une étrangère là-bas. Dès que je parlais français, j’avais l’impression de déranger. Assez désagréable comme sensation.

Ce que j’ai appris durant Katimavik…

J’ai appris beaucoup sur moi-même, dont qui j’étais réellement. Je n’étais pas celle que mes parents m’ont toujours décrite. Donc, le fait de me détacher du lien qui m’attachait à ma famille m’a permis de prendre confiance en mes capacités et d’apprendre à me foutre un peu de ce que les autres pensaient de moi. Bref, à m’accepter tel que je suis. Cela m’a aussi permis de voir autrement le monde et que la vie de groupe, ce n’est fait pour moi. D’ailleurs, après 2002, mis à part pour ma dernière année de Cégep, je n’ai plus été capable de vivre en groupe. La seule exception, c’est quand j’ai fait l’écostage (toujours avec Katimavik) en 2009. Mais le groupe était scindé en deux et je me suis retrouvée seule avec un coloc… Ce qui facilite grandement les choses, car on vivait chacun pour soi… Évidemment, on apprend beaucoup sur ce qui nous entoure, mais davantage sur nous.

L’attestation que l’on reçoit à la fin du programme. © Myrianne Lemay

L’impact de Katimavik

Oui, le programme Katimavik a un impact sur les participants. Mais l’impact que le programme a sur les communautés est aussi important. Car non seulement, en tant que participant, on apprend beaucoup sur nous-mêmes, mais pour les communautés, cela permet la réalisation de projets qui n’auraient pas lieu faute de ressources, que ce soit humaines, matérielles ou financières. Dans bien des cas, l’impact perdure dans le temps. Il y a des projets qui datent de 1977 qui laissent encore des traces aujourd’hui. Bref, c’est le genre de programme qui a des conséquences à différents niveaux, mais qui sont hyper importantes pour tout le monde.

PSSS…

Les inscriptions pour les nouvelles cohortes en janvier 2019 sont ouvertes!!! Vous serez dans l’une de ces villes :

  • Nanaimo, C.-B.
  • Calgary, AB
  • Saint Boniface, MB
  • Sudbury, ON
  • Ville de Québec, QC
  • Moncton, N.-B.
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Éducation interculturelle et petite enfance

Comme vous le savez peut-être, j’ai travaillé avec les enfants du préscolaire (0-5 ans) quelques années. J’ai étudié dans le domaine lorsque j’étais au Cégep. À Québec, pour être précise. À une époque où le visage de la Ville était encore très blanc, mais avec beaucoup de jeunes issus de l’adoption internationale. Ceux de ma génération étaient surtout noirs, mais dans les années 90, elle était surtout asiatique. Alors, la question de l’interculturalité dans les cours n’était pas abordée. Ou du moins, peu parlée. Je peux vous dire que lorsque je suis arrivée à Montréal et que j’ai rencontré mon premier groupe en garderie, j’ai été très surprise de sa constitution. Sur six enfants de moins de 2 ans, j’avais 3 Arabes, 1 haïtien, 1 asiatique et 1 québécois. Seul le dernier me comprenait lorsque je parlais. J’ai passé une très belle journée (not) 😂 Je suis revenue à la maison complètement vidée ma journée.

Manquement dans la formation en éducation à la petite enfance?

Tout ça pour dire qu’en fait je n’étais pas préparé à cette réalité. J’étais dans une période un peu floue de ma vie, lorsque je faisais cette formation. Je la faisais à contrecœur, car ce n’était pas ce qui m’intéressait. C’est peut-être une des raisons pour laquelle j’ai quitté rapidement la profession d’éducatrice. Mais bref de bavardages, un des manquements qu’il y avait dans ma formation est l’aspect de l’éducation interculturelle et de la petite enfance. J’ai eu comme formation une technique en éducation en service de garde. Aujourd’hui appelé éducation en petite enfance. Mais dernièrement, j’ai trouvé un livre sur le sujet. J’avoue que sa lecture me ramène en arrière de plus ou moins 20 ans et que cela me rappelle de beaux souvenirs. Mais c’est ce type d’information que j’aurais aimé avoir que j’ai étudié pour être éducatrice.

Mais de quel livre je parle ?

En fait, je parle du livre Éducation interculturelle et petite enfance de Carole Lavallée et de Micheline Marquis. La première a été professeure en techniques en service de garde au Cégep du Vieux-Montréal et la deuxième directrice d’un Centre de la petite enfance à Montréal. Donc, très ancrée de la réalité montréalaise. À ma connaissance, il n’y a qu’une seule édition qui a été publiée en 1999 sous Les Presses de l’Université Laval. Je vous dirais que cela paraît qu’il n’y a pas eu de réédition, car certaines informations ne tiennent plus la route vingt ans plus tard. Mais bon la base du livre est quand même bien. Et si quelqu’un de la maison d’édition lit l’article, on ne sait jamais 😉, une mise à jour de certains chapitres ne ferait pas de tort.

Et qui s’intéresse à l’éducation interculturelle de la petite enfance ?

Ceux et celles qui devraient lire ce livre ? Les éducateur·trice·s à l’enfance, évidemment. Mais à toutes personnes qui travaillent de près ou de loin avec les enfants. Surtout si ces dernières sont en contact direct avec des jeunes issus de l’immigration. En fait, comme l’immigration est de plus en plus présente au Québec, principalement dans les grands centres urbains, tous ceux qui travaillent auprès de cette clientèle devraient posséder ce livre. Que ce soit aussi les intervenant·e·s sociaux, les éducateur·trice·s spécialisé·e·s, travailleur·euse·s sociaux, médiateur·trice·s interculturel·lle·s, etc. Oui, même des gens ayant ma formation, s’ils ont à travailler auprès d’enfants, devraient avoir ce livre. Mais des gens travaillant à la D.P.J, devraient l’avoir. Pourquoi ? Parce qu’il est reconnu que l’organisme à des problèmes à gérer la diversité interculturelle. Et vu qu’ils travaillent directement avec les enfants, il va de soi qu’ils doivent l’avoir.

Ce que j’aime de ce livre Éducation interculturelle et petite enfance ?

Chaque chapitre est clairement bien divisé. Dans le premier, on aborde les notions en lien avec les centres de la petite enfance et l’éducation interculturelle. Comme les C.P.E. venaient de naître, on y explique ce que c’est. Mais bon 20 ans plus tard, je ne sais pas si c’est toujours pertinent. Les notions en lien avec l’immigration sont aussi abordées. Mais encore là, certains aspects ont changé en deux décennies. Dans les autres chapitres, on parle du développement socioaffectif de l’enfant, d’interventions, de pédagogies, des choix d’activités, d’apprentissages linguistiques, de la relation avec les parents et de la gestion des ressources humaines. Bref tout ce qu’un milieu de garde devrait savoir pour bien accueillir les enfants. À la fin de chaque chapitre, des pistes de réflexion sont lancées. Elles peuvent autant faire réfléchir individuellement, qu’en groupe. Des activités sont aussi au menu.

Comment faire l’éducation interculturelle à la petite enfance ?

L’éducation interculturelle des moins de 5 ans est particulière sans l’être vraiment. Un enfant reste un enfant qu’importe l’endroit d’où il vient. La conscience de la différence n’existe pas avant l’âge de 5 ans. Ce qui est dit ou fait avant cet âge l’est par curiosité ou par répétition. Ainsi, lorsqu’un enfant dit des gros mots, c’est parce qu’il les a entendus ailleurs. Souvent, il s’en sert pour exprimer sa peur ou sa colère contre une situation. Pas contre une personne. Mais pas l’enfant qui reçoit les mots ou les gestes. Ne pas oublier que les enfants sont dans le moment présent. Cela doit teinter la préparation des activités. Il est difficile de résumer en peu de mots toute l’information du livre sur le sujet, mais la diversité et l’interculturalité doivent être présentes au quotidien. Surtout si l’on veut favoriser l’inclusion des enfants. Pas seulement une journée thématique par mois.

L’éducation interculturelle en petite enfance…

Ça commence en très jeune âge. Il est certain qu’à la pouponnière, les enfants s’en aperçoivent moins, mais elle demeure quand même présente. L’enfant qui intègre un service de garde aura des réactions qu’importe l’âge où il arrive. Si l’enfant ne comprend pas la langue, il réagira d’une manière différente d’un autre qui la comprend. Si la nourriture n’est pas comme à la maison, aussi. Il faut donc, en tant qu’intervenant trouver des astuces pour faire en sorte que la transition soit le plus facile pour tout le monde. C’est ce qui ressort du livre lorsqu’on le lit.

Si vous avez vécu des situations semblables, quels ont été vos trucs pour faciliter l’intégration des petits ?

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Comment vivre ensemble ?

Le vivre ensemble n’est pas un rince-bouche. C’est le titre du dernier livre de Rachida Azdouz publié en 2018 chez Galimard ltée- Édito. Le livre de 200 quelques pages se lit très bien, car il est bourré d’anecdotes et de cas réels qui se passent au quotidien. Le chapitre qui m’a le plus accroché est celui qui traite de comment vivre ensemble. Car il y a plusieurs façons de vivre ensemble. C’est ce que l’on va voir dès maintenant.

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Livre Le vivre ensemble n’est pas un rince bouche (c) Myrianne Lemay

Les modèles du vivre ensemble

J’en ai déjà parlé ici, il y a déjà un moment, mais il existe plusieurs modèles pour vivre ensemble. Mais pour le bien du texte, il est bien de se rafraichir la mémoire. Comme on le sait, au Québec, il y a deux modèles qui s’opposent : le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois. Pour beaucoup d’entre nous, québécois, nous avons une double référence qui fait qu’il est difficile de se pencher sur la question identitaire et enfin de résoudre la problématique. Le dialogue interculturel est ce qui semble être la solution pour répondre à la question. Mais cela n’est pas toujours facile, car il faut la bonne volonté des différentes parties doit être présente. Mais comme nous avons vu avec les spectacles de Robert Lepage, il est difficile d’arriver à un consensus et régler adéquatement les choses.

La solution idéale pour vivre ensemble ?

Certains aimeraient bien importer le modèle français ici au Québec. Mais plusieurs s’y opposent, car la situation est totalement différente. Il ne faut pas oublier que la France a un passé où il était colonisateur. Et cela inclut le Québec de l’époque. Cela forcément un impact sur l’immigration en France et sa manière de la gérer. Le Québec est basé sur l’immigration. On ne peut donc pas comparer les deux histoires. Le multiculturalisme n’est pas forcément mieux, car les diverses communautés vivent une à côté de l’autre et pas forcément l’une avec l’autre. Selon Azdouz, la meilleure solution est de favoriser la cohésion sociale tout en encourageant le fait de coexister pacifiquement ensemble. Bref, un joyeux mélange d’interculturalisme et de multiculturalisme tout en saupoudrant de républicanisme français. Donc, les choix personnels sont respectés et les gens ne sont pas assimilés à la vie québécoise sans en être exclus.

Les réponses pédagogiques en lien avec le vivre-ensemble

Je vous dis souvent que la meilleure façon de sensibiliser les gens à une situation est l’éducation. Ce qui est vrai. Mais Azdouz mentionne aussi le fait que dans certains cas, il est préférable de passer par un autre chemin pour y arriver. Sans négliger l’éducation comme moyen de sensibilisation.

L’altérité des faits

Le fait d’avoir peur que les choses que l’on connaît changent est normal. Par contre, lorsqu’il y a de fausses perceptions par rapport aux préjugés, il faut agir autrement. Avant d’éduquer quelqu’un face à la problématique ciblée, il faut le rassurer par rapport à ses croyances.

L’incompréhension

Certaines personnes ne comprennent pas que certaines choses s’appliquent à tout le monde et non pas aux minorités. L’exemple cité est celui de la Charte des droits et des libertés. Tout le monde peut en bénéficier, et ce, à n’importe quel moment de sa vie. Dès que l’on se sent lésé, on peut faire appel à la Commission des droits de la personne. Alors il faut d’abord expliquer les choses avant de favoriser l’éducation.

Les désaccords

Beaucoup de gens comprennent bien les concepts, les enjeux et tout ce qui s’y rattache. Par contre, ils sont en désaccord avec certaines pratiques qui touchent ces phénomènes. Avant de prioriser l’éducation, il faut donc débattre avec la personne concernant en évitant l’erreur de prétendre que la peur ou l’ignorance les fait résonner un peu maladroitement. Il faut plutôt déconstruire l’idée reçue et donner des contre-exemples afin de se faire comprendre. Il faut favoriser le rationnel avant tout.

Le combattant

Celui qui dénonce le pluralisme le fait souvent par conviction profonde. Il dénonce certains aspects de la vie souvent par intérêts politiques. Le militantisme peut être une manière de les atteindre, car c’est ce qui les anime.

Le discours haineux

On est davantage sur le plan juridique, donc des poursuites et des plaintes avant tout. L’éducation peut se faire en parallèle ou non, mais une fois l’acte fait, entamer des poursuites est la meilleure chose à faire.

L’équité, l’égalité, c’est la même chose dans le vivre ensemble ?

Non, ce n’est pas la même chose, car tout le monde est différent. Il y a donc une différence entre les deux. Ce n’est pas parce que l’on traite quelqu’un de façon égalitaire que c’est équitable. Vous pensez que mettre une seule marche n’affectera pas l’accès à votre commerce ? Quelqu’un à mobilité réduite peut aller ailleurs parce qu’il n’est pas capable de la monter. Ce n’est donc pas équitable, car l’accès au commerce lui est refusé. Il ne faut pas oublier que l’équité n’est pas un privilège. C’est une obligation. On a souvent l’impression que les minorités sont souvent les victimes d’iniquité, mais c’est faux. C’est que les chiffres qui sortent les concernent plus. Mais dans les faits, c’est autre chose. On pense souvent à ce que la Commission des droits de la personne et de la jeunesse publie comme chiffres. On voit souvent que les minorités religieuses, par exemple, demandent très peu d’accommodements.

En terminant, vivre ensemble c’est…

Azdouz affirme que « c’est d’accepter de perdre un peu de soi et d’acquérir un peu de l’autre, sans se perdre complètement et sans fusionner. » Comme dans toutes relations, il est clair que les gens changent au contact des autres. Donc, ce n’est pas qu’une seule personne qui change, mais tout le monde.

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La journée du livre haïtien

Depuis 2008, se tient la Journée du livre haïtien. Qu’est-ce que cela représente ? Une très belle visibilité pour les auteur·e·s porteur·euse·s de cette culture. On connaît déjà Dany Laferrière, mais il ne représente pas la culture haïtienne à lui seul. Donc, pour la 11e édition, qui a eu lieu samedi, le Centre N A Rive a laissé place aux femmes haïtiennes. Parce qu’« il y a beaucoup de questionnements autour de la place des femmes ces derniers temps. Ça ne passe pas uniquement par la littérature, mais aussi par le théâtre, le cinéma. Il y a tout un mouvement autour de la chose. » L’événement toujours lieu dans la 3e semaine du mois d’août. Tout le monde était invité à participer à l’événement, favorisant ainsi la mixité sociale et l’interculturalité entre deux communautés.

Pourquoi cette journée du livre haïtien dédié aux femmes ?

Une journée par année est réservée aux livres haïtiens. Le but est de faire découvrir la culture haïtienne sous plusieurs angles, principalement les livres. Mais tout y passe : musique, cuisine, discussions et rencontres. Bref, tout ce qui touche l’identité haïtienne et sa diversité. Cette année, la place des femmes est au centre de la journée. En effet, dans la culture haïtienne, c’est l’image de l’homme qui ressort davantage lorsque l’on parle de littérature. On parle d’indifférence et d’hostilité envers les auteures. Plusieurs écrivaines se sentent même blessées. Du moins, c’est ce qui est sorti du projet de Martine Fidèle, Écorchée vivantes, publié en 2017 chez Mémoire d’encrier. Les neuf participantes n’avaient pas de thème imposé et ont écrit des nouvelles qui ouvrent la parole sur la difficulté d’être femme en Haïti. On y parle beaucoup du caractère féminin. L’écriture étant une forme de résistance pour bon nombre de femmes.

Capture d’écran du livre Écorchées vivantes, collectif sous la direction de Martine Fidèle (c) Myrianne Lemay

Les choix de livres haïtiens

Le comité organisateur de cette journée travaille avec plusieurs maisons d’édition. Le principal critère de sélection est le fait d’être un·e auteur·e d’origine des Caribéennes. Mais le fait d’être sensible à cette culture et sa diversité est un point à considérer. Les écrivain·e·s ayant publié un premier livre dans l’année précédant l’édition en cour, soit entre septembre et août. Mais les publications des trois années précédentes sont aussi incluses dans le choix de sélection. Les choix les plus appréciés ? Les romans, les nouvelles, la poésie, les essais et les livres pour enfants. Donc, une grande variété de livres d’une nouvelle génération d’auteur·e·s est présentée à un public intéressé par cette diversité littéraire. Il s’agit pour les participant·e·s d’un beau moment de rencontres, favorisant l’interculturalité entre haïtien·ne·s et les gens issus d’ailleurs dans le monde.

L’histoire d’Haïti et des Haïtien·ne·s

On le sait, Haïti s’est construit en raison de l’esclavagiste. Les Espagnols déportaient des noirs d’Afrique et ce n’est qu’en 1804, après une révolution, que l’indépendance de la Perle des Antilles fut acquise. Il s’agit du premier pays indépendant dirigé uniquement par des noirs. Mais cela n’empêche pas les difficultés de s’enchaîner dans le pays. Les catastrophes naturelles, la politique instable, le manque de ressources font que le pays a souvent besoin d’aide humanitaire. Grâce à cela, une relation s’est établie entre le Québec et Haïti. Beaucoup d’immigrant·e·s sont venu·e·s à la suite du règne Duvalier ou à la suite de catastrophes naturelles, comme le tremblement de terre de 2010. Malgré la diversité de richesses qu’à ce pays, l’homme a toujours eu une place primordiale. Donc, tout au long de son histoire, la violence faite aux femmes est présente. Et ce, dans une grande majorité des sphères du pays.

La littérature et les Haïtien·ne·s

Lorsque l’on fait des recherches sur le sujet, on trouve majoritairement des noms d’hommes. Il s’agit peut-être d’un effet de l’esclavagiste. Mais actuellement, ce qui frappe le plus est la présence des travailleurs humanitaires. Les ONG arrivent dans ce pays avec une manière d’agir qui n’est pas toujours adapter à la situation, notamment, la violence faite aux femmes. La littérature haïtienne en parle abondamment. En même temps, elle permet de défaire l’idée du misérabiliste que le Québec à d’Haïti. Les mouvements féministes sont très présents dans ce pays, et ce, depuis longtemps. Cela se reflète aussi dans la littérature. Ce qui est important, c’est que les francophones du monde entier aient accès à cette littérature haïtienne. Celle des femmes en particulier.

Bad Féministe, exemple d’haïtienne

Outre le livre mentionné plus tôt, un bel exemple d’Haïtienne féministe et auteure est Roxane Gay. Elle est née et a grandi aux États-Unis, mais a toujours vécu une réalité particulière du fait qu’elle soit noire. Dans son livre Bad féministe, elle nous raconte sa réalité, mais conteste les structures en place avec l’optique du féministe intersectionnel. Le livre est intéressant et nous permet de réfléchir sur ce que les autres peuvent vivre. Le point accrocheur de ce bouquin est le fait que l’auteure sait de quoi elle parle, car c’est son quotidien. Elle parle de sa réalité de noire, de sa position privilégiée dans un pays qui ne lui n’est pas nécessairement favorable. En fait, ce livre aborde aussi l’aspect identitaire de la culture. Tout y passe, les stéréotypes, les clichés, les bons et mauvais coups…

Capture d’écran du livre Bad Féministe de Roxane Gay (c) Myrianne Lemay

 

Bref, la place des femmes dans la littérature haïtienne est importante. Elle permet de remettre les pendules à l’heure sur une situation que l’on ne connaît pas forcément au Québec.