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La conversion à l’islam : le parcours de femmes en France et au Québec

Depuis le début de l’année 2018, je vous parle des femmes et de l’islam, dont les conversions. Pour conclure, d’une certaine manière, cette série, je vous parle d’un livre qui parle des conversions de femmes au Québec et en France. Le livre Converties à l’islam Parcours de femmes au Québec et en France de Géraldine Mossière a été publié aux Presses de l’Université de Montréal en 2013 et a 264 pages. À l’origine, il a été présenté comme thèse de doctorat en anthropologie par l’auteure en 2009 à l’Université de Montréal sous le titre Des femmes converties à l’islam en France et au Québec : religiosités d’un nouveau genre. Le livre contient 7 chapitres. Voici l’occasion de faire un tour d’horizon de la situation.

 

Capture d’écran du livre de Géraldine Mossière (c) Myrianne Lemay

La conversion à l’islam : anthropologie d’un champ miné

D’emblée, Mossière mentionne que la conversion religieuse, notamment dans l’islam, se passe majoritairement dans le privé. Surtout pour les femmes. Donc, il est difficile de trouver des endroits précis où trouver des femmes prêtes à aborder le sujet. Les femmes se convertissant à l’islam semblent être cachées. Lorsqu’elle a fait sa recherche, la méthode du bouche-à-oreille a été efficace. Les espaces virtuels et les réseaux de contacts se trouvent aussi très infaillibles pour rejoindre les participants. Ainsi, Mossière a pu contacter 80 femmes pour sa thèse devenue livre.

Mossière note une différence entre la France et le Québec. Par exemple, les converties françaises sont plus participatives que les converties du Québec. Il faut dire que la situation par rapport à l’islam n’est pas la même dans les deux sociétés. Cela influence donc la relation entre les membres de la communauté, mais aussi les réponses que les femmes ont données lors de leurs entretiens.

Des récits de conversion à l’islam : dits et non dits

Lorsque l’on parle de notre conversion, en tant que convertie, plusieurs aspects sont à considérer dans notre discours narratif. Mossière rapporte qu’il y a des points qui sont vraiment apparents alors que d’autres le sont moins. Elle mentionne que les récits de conversion sont soit des discours littéraire contenant certains codes et standard ou une reconstitution biographique de l’événement.

Mossière rapporte les propos du philosophe de Paul Ricœur au sujet des discours narratifs. Pour ce dernier, le récit est un pont entre plusieurs points : le vécu et le dit ; le passé, le présent et le désir ; et entre deux personnes communiquant ensemble. Les propos que les gens tiennent d’eux-mêmes, dans ce cas-ci, des converties à l’islam, influencent la construction identitaire qu’ils se construisent. L’entourage renvoie forcément une image de cette identité plurielle en changement.

Conversion à l’islam : herméneutique du soi et sujet de piété

Dès le début du chapitre, il est rappelé que les conversions ont toujours existé. Mais elles sont maintenant au cœur de bien des études universitaires. Historiquement, les conversions étaient liées à la conquête de nouveaux territoires. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Dans ce chapitre, il est question de la différence entre la conversion au christianisme et la conversion à l’islam.

Dans beaucoup de cas, les gens ont quitté leur religion d’origine. La réflexion accompagnement le cheminement spirituel des converties à l’islam est une nécessité. Mais L’étude des différents cheminements spirituels est de placer les gens dans leur histoire en perceptive avec leur expérience religieuse.

Forcément, en se convertissant à l’islam, une éthique religieuse s’applique. Comme le respect de certains points facilitant la pratique islamique au quotidien. Cela vari donc d’une personne à l’autre.

Conversion à l’islam : l’archétype du sujet musulman féministe

Pour beaucoup de femmes se convertissant à l’islam, le mariage avec un musulman de naissance est important. Il permet, entre autres, de faciliter l’apprentissage de la langue et de pratiques religieuses. Pour beaucoup de femmes, le mariage « c’est la moitié de la religion, le fait d’être marié, de pouvoir partager ce que tu aimes le plus avec ton mari. » Il y a une similitude entre les différents récits concernant le mariage avec les converties. Elles doivent toutes passer par l’imam de leur mosquée afin de trouver un homme à marier. Les converties respectent davantage ce principe du fait qu’elles connaissent ce qui se passe s’il n’y a pas une troisième personne présente avec le couple qui se forme. Le respect du code de conduite a donc un impact sur le rapport entre les deux sexes. Il y a aussi un impact positif sur la stabilité du couple à long terme parce que la relation se bâtit autrement.

Conversion à l’islam : entre soi et société, entre foi et communauté

Une des raisons du mariage en islam est le fait d’être entouré de gens pratiquant bien la religion. L’islam est une religion qui se pratique en communauté, donc il est important de ne pas rester seul afin de s’améliorer spirituellement. Mais Mossière observe une contradiction. Les converties aiment le fait que chaque personne soit autonome par rapport à ses actes dans l’islam. Chaque musulman se trouve donc à être responsable de tout ce qu’il fait. Par contre, il y a une critique envers la société occidentale de plus en plus individuelle. L’islam préconise davantage la vie en communauté que de s’isoler dans son coin.

Cet aspect communautaire se vit positivement par les converties, notamment parce qu’en France et au Québec, elles se trouvent minoritaires dans une société individuelle. À l’opposé, certaines converties adoptent un cheminement spirituel individuel favorisant le dialogue avec Dieu qu’avec la communauté.

Conversion à l’islam : reconnue par l’autre et respectée chez soi

La religion est vécue différemment selon l’endroit où l’on se trouve. Par exemple aux États-Unis, l’islam a une influence positive sur les Afro-américains. En France, la politique républicaine favorise l’intégration des minorités de sorte que la cohésion sociale soit respectée. Mais, honnêtement, il y a une relation amour/haine entre la patrie et les musulmans. Je crois que tout le sait ou presque. La République a besoin des immigrants, mais crée des lois les défavorisant par rapport à la société majoritaire. Cela affecte donc beaucoup plus que l’identité religieuse des musulmans.

Au Québec, tout comme en France, l’islam s’y installe à cause de la migration. Par contre, cela se produit beaucoup plus tard, principalement en raison de la distance géographique. Quoique les premiers musulmans arrivèrent au 19e siècle. Ici, deux types de modèles s’opposent : le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois. Mais la place des musulmans dans la société qui se discute énormément au sein de la population. Au point où l’on se demande parfois s’il n’y a pas des sujets plus importants.

Conversion à l’islam : l’islam et les identités de la marge

Pour vous donner une idée, le chapitre commence avec la citation d’une convertie qui dit :

« Être convertie à l’islam aujourd’hui, c’est la même chose que d’être gay dans les années 1970. »

Assez frappant comme comparaison, mais oui, s’afficher musulmane peut être assez difficile dans une société qui se dit laïque. Mais la grande majorité des converties ont l’habitude de gérer la marginalité, en raison de divers facteurs. Un point de plus ne change pas beaucoup de choses à leurs situations. Mossière parle d’identité hybride et d’attributs qui facilitent leur intégration dans leur nouvelle réalité.

Le fait de se convertir entraîne une relation avec l’autre en particulier et politique plus largement. Une conversion à l’islam peut donc se trouver à être un acte de revendication par rapport à notre environnement immédiat. D’un côté, oui cela peut choquer, car pour bien des gens, il est impossible d’être musulman sans être arabe.

En bref, la conversion à l’islam…

Implique bien des choses. Ce n’est pas une chose qui est facile que de changer de religion dans une société qui y est réfractaire. Pourtant, il y a de nombreuses personnes qui le font chaque jour et qui s’adaptent graduellement à cette nouvelle réalité.