Publié dans Alimentaion

L’acte de manger, une habitude alimentaire ?

Comme nous sommes toujours dans le ramadan, je vous parle de certaines habitudes alimentaires que nous avons tous. Il ne faut pas oublier que l’alimentation reste un langage et que plusieurs symboles y sont attachés.

Un rappel de la conférence de mars 2018, sur l’alimentation.

L’alimentation, un langage ?

Comme il a été dit plus tôt, l’aliment, l’alimentation et la cuisine sont un langage. Ils servent à nourrir principalement le corps d’êtres vivants. Mais l’intellect est aussi nourri par un principe similaire. Claude Lévi-Strauss mentionnait qu’

« ainsi peut-on espérer découvrir, pour chaque cas particulier, en quoi la cuisine d’une société est un langage dans lequel elle traduit inconsciemment sa structure, à moins qu’elle ne se résigne, toujours inconsciemment, à y dévoiler ses contradictions. »

Les facteurs alimentaires

Mais ce langage alimentaire est dû à plusieurs facteurs (culture, religion, environnement, maladie, etc.) donnant une symbolique particulière à l’alimentation. Il y a, entre autres, les lectures qui permettent à l’être humain de réfléchir au comportement adéquat par rapport à la nourriture en la sélectionnant en fonction de sa survie. L’aliment peut être catégorisé en fonction de ce qui semble agréable, utile ou mauvais pour la personne qui en fait le choix. Cela se fait parfois consciemment, mais dans l’inconscient collectif, il y a un conditionnement qui s’opère en raison des diverses raisons qui influencent le désirable de ce qui ne l’est pas.

Le socio-alimentaire

L’alimentation est donc un véhicule de transmission culturelle et sociale. Elle est porteuse de sens, car si un aliment est interdit, c’est souvent la conscience intérieure qui dicte un tabou alimentaire. D’ailleurs, une dualité existe entre ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Entre le sacré et le profane. Bref, entre le bien et le mal. Selon ce concept, des aliments sont donc sains pour le corps, alors que d’autres sont néfastes. Mais d’une manière ou d’une autre, le choix de consommer ou non un aliment reste un choix relatif selon les principes culturels d’une région donnée.

Les choix alimentaires

Comme mentionner plus tôt dans le texte, à la maison, la cuisine est la pièce réservée davantage à la femme. Par ses choix alimentaires, la mère apprend donc à ses enfants quelle nourriture consommer. Ce qui fait que nos choix sont dus à l’éducation reçue des parents. Cette éducation est influencée par les conditions sociales, budgétaires, religieuses ou culturelles et débute dès notre naissance, car le lait maternel est sous l’influence de la nourriture que la mère consomme. Donc, dès le début de sa vie, l’être humain est conditionné à aimer ou non un aliment en particulier, à avoir un comportement en fonction de la situation alimentaire dans lequel il se trouve.

Les relations alimentaires

Aujourd’hui, notre rapport à la nourriture est influencé par plusieurs facteurs comme la conservation, les calories ou le fait de manger à des heures régulières ou non. On laisse parfois la saveur et le goût de côté, car on n’a pas le temps de cuisiner. Par le fait même, le plaisir de déguster un aliment est de moins en moins présent dans notre quotidien. Ainsi, notre alimentation manque de variétés. Ce qui prouve que l’être humain est influencé par son environnement, qui lui, influence l’alimentation des gens qui le créer. Bref, c’est une roue qui tourne.

Les relations sociales

Aussi, actuellement, l’aspect social de l’alimentation n’est plus comme avant. Du moins dans les sociétés occidentales. Ces dernières sont plus individuelles que les sociétés traditionnelles. Les rapprochements communautaires sont moins fréquents, car les horaires sont trop chargés pour tout le monde. Pourtant, pour chaque aliment il y a des émotions, des souvenirs qui y sont associés.

On peut donc trois types d’ambivalences :

  • Le plaisir et le déplaisir
  • La santé et la maladie
  • La vie et la mort.

Donc, dans cette optique, un aliment peut créer du plaisir pour une personne, mais provoquer le dégoût chez une autre. Autre constat, un aliment peut être bénéfique pour la santé d’un individu, mais causer des réactions variables chez quelqu’un d’autre. Par extension, le fait de se nourrir entretient la vie, mais pour cela, il faut la mort de ce qui nous alimente ! Forcément, si l’on s’arrête à réfléchir sur notre consommation alimentaire, des questions surgissent. De là naissent des réponses, des réajustements liés aux valeurs et aux symboliques des aliments, etc.

Les habitudes alimentaires

Après réflexion, nos habitudes alimentaires changent. Par dégoût ou en raison de maladies, certains aliments sont bannis de l’alimentation de certaines personnes. On pense, par exemple aux végétariens, aux allergiques ou aux diabétiques. Dans le changement d’habitudes, il y a les jeûnes, que ce soit en raison de la religion ou des raisons de santé, qui peuvent apparaître dans la vie des gens.

Les repas

D’ailleurs, nos habitudes sont tellement ancrées, qu’elles dictent aussi les heures auxquelles ont mangé nos repas. Dans la majorité des pays, trois repas et une ou deux collations sont répartis dans la journée. Même les termes utilisés varient d’un endroit à l’autre. Au Québec, par exemple, on déjeune le matin, on dîne vers l’heure du midi et le souper est à la fin de l’après-midi ou en début de soirée. En France, il y a le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner, mais pas forcément aux mêmes heures qu’au Québec. Dans la famille de mon mari, en Algérie, les repas et collations sont en fonction des heures de prières. Habitude que mon mari a gardée en arrivant au Québec. Je vous dirais que l’hiver, j’ai l’impression de manger constamment si je compare à l’été. Les prières étant rapprochées en hiver et plus éloignées l’été. En Algérie, les prières ont sensiblement aux mêmes heures.

Les différent termes alimentaires liés aux repas

D’ailleurs, le terme déjeuner vient du fait qu’historiquement, il était le premier repas de la journée. Comme mentionné plus tôt, terme toujours utilisé au Québec. Du latin disjejunare, il signifie « sortir du jeûne. » Ce terme latin est aussi à l’origine du mot dîner associé au repas du midi pour les Québécois. Par contre, en France, ce fut le cas jusqu’au Second Empire. Par contre, avec le temps et les horaires de repas plus tardifs de la société française, le dîner a pris la place du souper. D’ailleurs, ce terme est d’origine germanique occidentale. Il fait référence à la soupe ou au fait de tremper son pain dans un bouillon. Entre les repas, certaines personnes prennent ce que l’on appelle des collations. Cela ferait référence aux recommandations de Saint Benoît qui exigeait de ses moines de lire, quotidiennement les Collationes de Cassien, 24 entretiens avec les pères du désert. Certaines sources parlent de l’Ukraine, d’autres de l’Égypte. Le but de ces lectures était d’atteindre la perfection ascétique. Donc, il fallait savoir comment y parvenir. Mais graduellement, ces rassemblements furent agrémentés par des boissons et du pain. Ce qui fit place à ce que l’on connaît aujourd’hui à l’encas de l’après-midi.

Les symboles alimentaires

Comme dans toutes choses présentes dans la vie, l’alimentation est aussi symbolique. Les symboles liés aux aliments sont relatifs selon plusieurs facteurs qu’il est possible de catégoriser. On pense aux sucreries qui se trouvent associées au plaisir, à la douceur ou aux aliments dits sacrés ou interdits.

Le 1er symbole alimentaire : le pain

Le pain fait souvent référence au travail. On dit gagner notre pain quotidien. Donc, en allant travailler, il est possible de rapporter de la nourriture pour la famille. Le pain a une connotation universelle, car dans chaque culture, il est présent sur la table à presque tous les repas. Par exemple, en Algérie, si l’on va dans un restaurant, le pain est déjà sur la table, même s’il n’y a personne de présent. Au Québec, ce n’est pas le cas. Au contraire, les serveurs nous apportent du pain majoritairement si on commande de la soupe. Mais bon, c’est relatif.

Les types de pains

Certaines religions font en sorte de sacraliser le pain. Les juifs ont leur matza, un pain non levé. Les chrétiens, eux, ont leur hostie, pain représentant le corps de Jésus ressuscité. L’équivalent chez les orthodoxes orientaux est la prosphora, un pain de fleur de faine, d’eau, de levure et de sel.

La majorité des pains sont profanes. Des exemples ? Le pain baguette, les bretzels, le soda bread, le pumpernickel ou les bagels.

Le 2eme symbole alimentaire : Le lait

Le lait s’associe à plusieurs mythes, comme la corne d’abondance, la création de la Voie Lactée, de l’univers ou de l’humanité. Pour les hindous, le lait est même purificateur. N’importe quel aliment cuit dans du lait ou frit dans du beurre se purifie automatiquement. En effet, le lait se voit comme étant un signe de richesse ou de prospérité. Il est aussi le lien entre la mère et son enfant.

Le 3eme symbole alimentaires : la viande

La viande symbolise pour les Grecs, à une certaine époque, le fait que l’être humain est un être mortel et non éternel. C’est aussi le cas des animaux tués par l’humain pour une fonction nourricière. Il y a des rituels dans certaines religions comme pour les Juifs et les musulmans. La viande peut être porteuse d’interdits. Encore là, certaines religions interdissent un ou plusieurs types de viandes, selon le cas. À une époque, la viande, tout comme le lait, équivalait à un signe de richesse et se réservée qu’aux nobles de ce monde.

Autre influence alimentaire : Les religions

Les gens pratiquant une religion ont souvent des symboliques liées à l’alimentation. La différence entre la pureté et l’impureté alimentaire est le principal symbole de nombreuses religions. Il s’agit pour bons nombres de croyants, une recherche de la vérité morale et spirituelle. Cela peut être un marqueur identitaire, et même générationnel, pour certaines communautés religieuses.

Valeur alimentaire importante : Le partage

Souvent, le partage d’un repas se passe autour d’une table. Par contre, ce n’est pas le cas de toutes les sociétés. Ce que l’on constate, c’est que le repas à une symbolique très forte relié au partage des aliments consommés, mais aussi de conversations. Bien que certains repas soient plus individuels, la consommation d’aliments est souvent collective. Aussi, elle permet de transmettre des valeurs et des idées, de stimuler le langage des jeunes enfants ainsi que le développement intellectuel et la socialisation.

Comme vous pouvez voir, le sujet peut être long. Je vous invite à lire le document que j’avais écris sur le sujet pour plus d’informations…