La construction identitaire chez le jeune immigrant

Lundi dernier, je vous ai parlé de la journée mondiale des droits de l’enfant. Il n’y a pas si longtemps, l’enfance et l’adolescence n’existaient tout simplement pas, ou du moins, n’avaient pas la même définition qu’aujourd’hui. Mais que pour certains spécialistes, l’adolescence n’est qu’une invention culturelle liée à certaines sociétés contemporaines. En effet, encore aujourd’hui, pour certains peuples, il n’y a pas vraiment d’étape entre l’enfance et l’âge adulte. Dès que l’être humain est pubère, il est considéré comme adulte. Donc, pour la grande majorité d’entre nous, c’est autour de 12 ou 13 ans. Mais pour beaucoup, l’adolescence n’est qu’une transition entre l’enfance et la majorité.

On le sait tous, l’adolescence a été une période hasardeuse pour beaucoup d’entre nous. Et ce l’est encore aujourd’hui. On n’est plus des enfants, mais on n’est pas des adultes. On est donc responsables, mais immatures à la fois. L’adolescence est donc un moment ambigu dans la vie d’un humain. Il y en a qui sont encore couvert jusqu’à leur départ de la maison alors que d’autres l’ont difficile dès leur plus jeune âge.

Si vous vous souvenez de votre adolescence, nos besoins étaient essentiellement égocentriques. Nous voulions être reconnus pour ce que nous étions réellement. Nous voulions nous dissocier, pour la grande majorité d’entre nous, de ce que nos parents voulaient pour nous. Mais que dire quand on traverse l’adolescence dans un contexte migratoire.

L’adolescence est synonyme de quête identitaire. Nous cherchons à combler des besoins de singularisation, d’appartenance, d’une identité bien définie, de continuité, de cohérence et d’avoir une image positive de soi. En gros, on a besoin d’être unique, mais de ressembler à des gens auxquels on s’identifie (amis, vedette, adultes qu’on admire, etc.) et qui nous valorisent.

Les jeunes issus de l’immigration ont les mêmes besoins que les jeunes natifs. Par contre, la manière de combler ces besoins est difficile. Ils sont confrontés entre les désirs de leurs parents et ceux qu’ils découvrent en s’établissant ailleurs. Je le répète souvent, mais les jeunes immigrants sont souvent pris entre deux mondes. Ils ne sont pas d’ici totalement, mais ne sont plus de cet ailleurs. Par contre, ils vivent encore dans ces deux environnements et doivent faire en sorte de trouver un équilibre entre les deux. Y arriver n’est pas toujours évident, car chacune de ces expériences est douloureuse. Alors, imaginez lorsqu’on vit simultanément une immigration en pleine crise d’adolescence. J.A. Howard disait qu’être immigrant en même temps que de vivre son adolescence est beaucoup plus difficile en raison du faire fait que, non seulement les aspects physiques, sociaux et économiques ont un impact sur la vie de tout adolescent, mais que ces aspects varient selon la culture dans lequel nous vivons. Donc, c’est un joyeux bordel pour les adolescents immigrants.

En effet, il est difficile pour les adolescents issus de l’immigration de concilier les différents écarts de règles : celles de la maison et celles de la société. Forcément, lorsqu’on est confronté à ce genre de situation, beaucoup de questions se posent par rapport aux valeurs de ces deux mondes. Cela a donc un impact sur la manière de se définir en tant qu’individu, de cheminer vers une nouvelle version de soi-même. Les parents perdent souvent leurs repères en raison qu’ils n’ont pas de références dans la nouvelle société. Ils ont vécu leur propre adolescence d’une autre manière que celle de leurs enfants. La culture a une influence sur notre perception de notre vécu et de celui des autres. Ce qui fait que, dans tout ça, le jeune essaie de trouver une cohérence entre ce qu’il vit à la maison et à l’extérieur. Il se retrouve donc en repositionnement constant à la recherche de lien de confiance et d’amitié avec autrui.

Ce dernier point est souvent difficile à vivre pour ces jeunes immigrants par le fait que les repères ne sont pas les mêmes que pour les jeunes natifs. Il s’agit d’un problème d’intégration, soit dans leur communauté d’appartenance ni dans la société d’accueil. L’école est l’endroit par excellence pour que ces jeunes s’intègrent. Pour bien des parents, la scolarisation de leurs progénitures est importante par le fait de réussir à l’école est un gage d’intégration dans le nouveau milieu. Mais pourtant, ce n’est pas le cas. Souvent, lorsque les parents ne parlent pas la langue du pays, ces jeunes se retrouvent donc l’intermédiaire entre leurs géniteurs et la société d’accueil. Ce n’est pas une mince affaire que d’être le responsable de ses parents quand on se cherche soi-même.

Tout dépendant de l’âge où l’intégration scolaire se fait, divers problèmes peuvent être découverts soit avec l’enfant ou le parent : linguistique, sociale, santé, l’hiver québécois. Il y a un isolement qui se fait, surtout quand on est parent immigrant. Cet isolement est un résultat du manque de reconnaissance de compétences parentales. Pourtant, dans leur pays d’origine, ils ont ces compétences. Cela a donc un impact sur la vie familiale.

Tout ça fait que la question identitaire devient un sujet sensible pour bien des immigrants. Les repères ne sont plus les mêmes et que la transmission des valeurs peut se faire difficilement. Dans un prochain texte, j’aborderais la notion de la religion sur la construction identitaire. Car, bien qu’au Québec, la religion fait partie du privé, ce n’est pas le cas de toutes les sociétés.

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