Depuis quelque temps, je vous présente différentes notions concernant la construction identitaire. Tout d’abord, les notions plus générales et dernièrement, la notion identitaire chez les adolescents. Aujourd’hui, je vais vous parler de l’impact de la religion sur la construction identitaire. Et ici, je sais de quoi je parle. Après ma conversion, j’ai eu droit à toutes sortes de commentaires, positifs comme négatifs, sur les changements qu’elle m’a apportés.

Mais qu’est-ce que la religion ?

Selon Patrick Banon, dans son livre Guide du mieux vivre ensemble ma laïcité, ma religion, mon identité, il n’y a pas de définition précise. Ce que l’on sait, par contre, c’est qu’il y a plusieurs systèmes religieux croyant tous qu’ils détiennent la vérité. Pour Banon, aucune religion n’est condamnable, ce n’est que les pratiquants qui peuvent avoir des dérives comportementales. Cicéron a dit de la religion quel « est le fait de se soucier d’une certaine nature supérieure qu’on appelle divine et de lui rendre un culte. » Pour Émile Durkhien, la religion est un système de solidarités lié à la croyance et à la pratique spirituelle qui fait qu’une communauté se rassemble autour d’un même Dieu et y adhère.

Mais on peut dire que la religion est un phénomène culturel ayant une perception personnelle et des normes collectives. On peut définir une personne religieuse comme étant une personne faisant partie d’une communauté de croyants pratiquant des rites qui nous connecte à plus grand que soi tout en ayant des conduites concrètes dans le monde réel.

Schématisation d'une communauté de croyant

La communauté de croyants est connectée à l’au-delà et au monde réel par des rites et des conduites.

Mais qu’est-ce qui fait que l’on pratique ?

Il y a trois principales raisons : la transmission, la socialisation ou la conversion. Forcément, il y a une interrelation entre les trois. La transmission est le fait de communiquer, d’une manière ou d’une autre, un sujet ou un intérêt particulier, dans ce cas-ci, la religion. Donc automatiquement, cela a un impact sur la socialisation et une possible conversion. Car en côtoyant un type de personnes, forcément on socialise et cela a un impact sur notre vie. Du moins, une réflexion s’opère.

Pour ce qui est de la socialisation, il y en a deux types : primaire (la famille ou les amis) et secondaire (via les institutions, la société). La socialisation est donc, pour Brown et Gary (1991) un processus ou non seulement, on apprend sur tout ce qui entoure la religion, mais on intériorise ce que la concerne. Dans la socialisation primaire, c’est là que l’on acquiert les comportements liés à la religion et ses croyances. Au contact de notre environnement immédiat, notre vision du monde évolue et fait en sorte de renforcer notre relation avec la religion pratiquée à la maison. À long terme, il est possible de voir qu’il y a une corrélation entre la relation que nous avons avec la religion que pratique nos parents et l’éducation religieuse que nous avons eue enfant.

Évidemment, lorsque l’on vieillit, on prend conscience de ce qu’il y a dans le monde. Que ce que nos parents nous ont transmis est validé ou non. Si cela est validé, la personne continue son petit bonhomme de chemin. Mais il se peut, comme c’est le cas pour moi, que l’éducation religieuse des parents n’ait pas fonctionné. Ce n’est pas parce que parents avaient de mauvaises intentions, mais pour moi, le christianisme n’avait aucun sens. Je me suis considérée comme athée pendant longtemps avant de connaître l’islam. Même si je me suis mariée à l’église, je n’y croyais pas. Ce n’est qu’après mon premier divorce que j’ai commencé à fréquenter des Arabes et que j’ai su qu’on pouvait s’apostasier de l’Église. Ce que j’ai fait en 2010. Pendant tout ce temps, ma socialisation auprès des Arabes continuait et j’en apprenais graduellement. Je me suis mise à lire sur le sujet jusqu’à je me décide, en 2012, de me convertir.

Lors d’une conversion, beaucoup de choses changent. On se reconstruit tout en restant la même personne. Notre réseau change, nos habitudes aussi. Je suis moins d’accord avec le fait que, quand on se convertit, on devient radical et qu’on se coupe de la réalité. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Oui, on devient vulnérable, car tout le monde veut nous aider et nous guider selon ce qu’il connaît, mais il fait savoir prendre du recul par rapport à ce changement, y aller à son propre rythme. La conversion n’est pas une coupure d’avec notre réalité, mais une transition. Le principal message qui est dicté aux nouveaux convertis à l’Islam, je ne sais pas pour les autres religions, c’est de prendre son temps. Ce n’est pas tout le monde qui est de cet avis, mais honnêtement, il est préférable de comprendre ce que l’on doit faire avant de l’appliquer.

Ce qui est parfois difficile lorsqu’on effectue des changements dans notre vie, soit une conversion ou une immigration, il y a beaucoup de répercussions dans la vie des gens. On en parlera dans un prochain texte.

À bientôt!

C’est ce que propose Guillaume Villemot dans son livre Le pouvoir des mots, osez les conversations ou comment les nouveaux outils de communication peuvent devenir de véritables espaces de conversation. Oui, le titre est vraiment long, mais le livre se lit très bien. Il n’a que 157 pages, alors, en moins d’une journée, on le dévore. Sorti en avril 2017 chez Eyrolles dans la collection L’instant qui suit, l’auteur se questionne sur les différents espaces de communication actuelle.

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Le livre Le pouvoir des mots de Guillaume Villemot. (c) Moi-même

J’oublie, la préface est d’Alexandre Jardin. Il m’a bien fait rire avec une liste de risques à entretenir une conversation avec autrui. En voici quelques-uns :

  • Changer d’opinion ;
  • Envisager un sujet sous un autre angle ;
  • Être séduit ;
  • Découvrir notre propre incohérence sur certains sujets ;
  • Ne pas toujours se prendre au sérieux.

D’ailleurs Jardin compare le fait de converser à une renaissance perpétuelle. Chaque conversation nous permet de renaître, intellectuellement parlant, et de voir la vie autrement. Le meilleur conseil qu’il donne, de façon ironique bien sûr, est de rester cloîtré, de stagner dans nos idéaux ou de s’entourer de gens insensibles… si on ne veut pas évoluer. C’est tout dire.

Mais qu’est-ce qu’une conversation ?

Une conversation est, selon Villemot, un échange d’informations entre deux individus. Habituellement, sur un sujet précis. Mais bon, si vous écoutez les commères dans votre entourage, les sujets sont précis et sujets aux changements rapides. Mais pour le commun des mortels, il y a aussi une alternance entre la parole et le silence. On oublie souvent que le silence parle, parfois plus, qu’un simple mot. Surtout lorsque le sujet est sensible comme dans le cas des gens ayant connu une forme ou une autre de violence.

La conversation est née lorsque l’homme a pris conscience de ses besoins de communiquer avec les autres. Et cela remonte à loin. Les philosophes croient que la découverte de la vérité a eu un impact sur la dynamique des discussions. C’était peut-être vrai à une époque, mais j’ai un doute là-dessus aujourd’hui avec la quantité de FakeNews qui existent et que le monde gobe sans brocher. Pour Montaigne, une conversation se fait face à face, car le corps est impliqué dans la discussion. Le non verbal et les sous-entendus en disent gros sur la façon de s’exprimer.

Communique-t-on partout pareil ?

La réponse est non. Et la manière d’apprendre la communication est aussi différente d’une culture à l’autre. Un exemple que j’aime bien dans ce livre le démontre bien. Le peuple kanak, un peuple de Nouvelle-Calédonie, dit :

« D’abord tu es les oreilles et tu écoutes, ensuite tu es les yeux et tu regardes, enfin tu es la parole, tu es sage, tu sais comment faire et tu apprends aux autres, tu partages. »

Ce que je comprends de cette citation, c’est que l’apprentissage se fait par étape. On écoute, on pratique et, une fois que l’on a bien compris, on transmet au suivant. Ce qui signifie aussi que la manière de dialoguer varie d’une culture à l’autre, mais aussi selon les sexes. On le sait, les femmes ont une petite tendance à parler trop comparée aux hommes. Mais on constate que les sujets varient aussi d’un sexe à l’autre.

Qu’est-ce qui influence les conversations ?

L’environnement dans lequel on évolue influence grandement la manière dont on entre en contact avec les autres. En ville, il y aurait moins d’espace réservé à la communication, comme les marchés publics. Par contre des initiatives existent un peu partout dans le monde. Par exemple, en France comme au Québec, il existe des jardins communautaires ou des potagers partagés, pour les Français qui me lisent. D’autres initiatives : la Fête des voisins et Dialogue en humanité. Les exemples sont majoritairement français, mais il en existe un peu partout dans les grands centres urbains de la planète.

En conclusion, je termine en citant Villemot. Il dit que la conversation n’est pas un art, mais juste une manière de se comporter, de vivre. On le voit actuellement. Les médias sociaux sont maintenant le théâtre de conversations de toutes sortes, bien souvent en moins de 140 caractères. Cela en dit long sur nos sociétés actuelles qui communiquent rapidement sans prendre en compte les différentes variantes qui les entourent.

Depuis quelques jours, on entend parler dans les différents médias, que la Libye fait de la vente d’esclave. On croyait pourtant le phénomène révolu, mais non, cela existe encore. Je constate par exemple que les Français en parlent plus qu’au Québec. Est-ce qu’on est moins concerné ici qu’en France ? La distance d’avec la Libye étant moins grande, les répercussions se font sentir davantage en France, du fait que les migrants souhaite aller en Europe en traversant la méditerranée. Ce qu’on a moins ici au Québec.

Mais pour faire une courte histoire, CNN a sorti il y a quelques jours un vidéo ou l’on voit des Libyens vendre aux enchères des migrants venant de l’Afrique Noire. Comme si, par le passé, l’esclavagiste n’avait pas causé assez de dégâts auprès de ces peuples. Mais contrairement à l’époque où l’on arrachait les Africains de leurs pays d’origine pour combler le manque de main-d’œuvre en Amérique, ici on parle de gens qui tente de fuir des conditions de vie déjà difficiles pour aller vers un avenir meilleur… qu’ils n’atteindront pas de ci tôt.

Dans la situation qui nous concerne présentement, on parle de migrants clandestins qui, comme on vient de dire, tentent de rejoindre la méditerranée pour s’assurer d’un avenir meilleur. Pour se faire, ils n’ont pas le choix de passer par l’Afrique du Nord, qui s’étend du Maroc à l’Égypte, donc des pays musulmans. Pourtant, l’islam interdit l’esclavagiste. Au contraire, dès le début de la révélation coranique, les plus fortunés des musulmans libéraient des esclaves aux riches non-musulmans. L’exemple le plus célèbre est Bilal. De plus, lors de son discours d’adieu, le Prophète a clairement dit qu’un Arabe n’est pas supérieur à un non-Arabe et qu’un noir n’est pas inférieur à un blanc. Vive et versa. Donc, nous sommes tous égaux, si ce n’est qu’en matière de foi. Mais bon, ce n’est pas parce qu’on est musulman, que l’on pratique adéquatement l’Islam. Malheureusement.

Oui, l’humain est égal vis-à-vis son semblable. Techniquement parlant. Mais ce n’est pas le cas. Partout dans le monde, des gens font en sorte que les plus vulnérables subissent les pires injustices, touchant ainsi à leur dignité. Ce que fait en sorte que leurs droits sont bafoués à plusieurs niveaux. Mais qu’est-ce que la dignité humaine ? Il s’agit du respect de l’autre, qu’importe, de quoi il a l’air, quoi qu’il pense ou dise. Cela implique aussi que toute personne a droit à sa liberté. On s’entend que ce qui se passe actuellement en Libye touche particulièrement ce point. On brime des gens vulnérables en raison, entre autres, de leur couleur. Non seulement on les vend, le prix de base est estimé à 340 euros, soit un peu plus de 500$ CAD, mais on les torture physiquement et mentalement. Déjà qu’il est impossible de mettre un prix sur un être humain, mais on leur fait perdre leur valeur intrinsèque en les maltraitant.

Les migrants auront de la difficulté à faire confiance aux autres, car selon Le Parisien, ce sont les passeurs qui les ont dénoncés. Mais cela n’est rien comparativement aux traumatismes qui perdureront dans le temps pour ces gens. Le gouvernement libyen promet de faire enquête sur la réapparition du phénomène en leurs terres. Mais cela ne changera rien aux conséquences que les migrants garderont toutes leurs vies.

L’indignation est mondiale. Personne ne reste insensible aux images qui circulent actuellement concernant ces ventes aux enchères. Par contre, après une recherche, je n’ai rien trouvé sur le site d’Amnistie International sur le sujet. Du moins pour le Canada francophone. Si vous entendez parler de quoi que ce soit sur ce sujet, contactez-moi pour que je puis relayer les informations.

Lundi dernier, je vous ai parlé de la journée mondiale des droits de l’enfant. Il n’y a pas si longtemps, l’enfance et l’adolescence n’existaient tout simplement pas, ou du moins, n’avaient pas la même définition qu’aujourd’hui. Mais que pour certains spécialistes, l’adolescence n’est qu’une invention culturelle liée à certaines sociétés contemporaines. En effet, encore aujourd’hui, pour certains peuples, il n’y a pas vraiment d’étape entre l’enfance et l’âge adulte. Dès que l’être humain est pubère, il est considéré comme adulte. Donc, pour la grande majorité d’entre nous, c’est autour de 12 ou 13 ans. Mais pour beaucoup, l’adolescence n’est qu’une transition entre l’enfance et la majorité.

On le sait tous, l’adolescence a été une période hasardeuse pour beaucoup d’entre nous. Et ce l’est encore aujourd’hui. On n’est plus des enfants, mais on n’est pas des adultes. On est donc responsables, mais immatures à la fois. L’adolescence est donc un moment ambigu dans la vie d’un humain. Il y en a qui sont encore couvert jusqu’à leur départ de la maison alors que d’autres l’ont difficile dès leur plus jeune âge.

Si vous vous souvenez de votre adolescence, nos besoins étaient essentiellement égocentriques. Nous voulions être reconnus pour ce que nous étions réellement. Nous voulions nous dissocier, pour la grande majorité d’entre nous, de ce que nos parents voulaient pour nous. Mais que dire quand on traverse l’adolescence dans un contexte migratoire.

L’adolescence est synonyme de quête identitaire. Nous cherchons à combler des besoins de singularisation, d’appartenance, d’une identité bien définie, de continuité, de cohérence et d’avoir une image positive de soi. En gros, on a besoin d’être unique, mais de ressembler à des gens auxquels on s’identifie (amis, vedette, adultes qu’on admire, etc.) et qui nous valorisent.

Les jeunes issus de l’immigration ont les mêmes besoins que les jeunes natifs. Par contre, la manière de combler ces besoins est difficile. Ils sont confrontés entre les désirs de leurs parents et ceux qu’ils découvrent en s’établissant ailleurs. Je le répète souvent, mais les jeunes immigrants sont souvent pris entre deux mondes. Ils ne sont pas d’ici totalement, mais ne sont plus de cet ailleurs. Par contre, ils vivent encore dans ces deux environnements et doivent faire en sorte de trouver un équilibre entre les deux. Y arriver n’est pas toujours évident, car chacune de ces expériences est douloureuse. Alors, imaginez lorsqu’on vit simultanément une immigration en pleine crise d’adolescence. J.A. Howard disait qu’être immigrant en même temps que de vivre son adolescence est beaucoup plus difficile en raison du faire fait que, non seulement les aspects physiques, sociaux et économiques ont un impact sur la vie de tout adolescent, mais que ces aspects varient selon la culture dans lequel nous vivons. Donc, c’est un joyeux bordel pour les adolescents immigrants.

En effet, il est difficile pour les adolescents issus de l’immigration de concilier les différents écarts de règles : celles de la maison et celles de la société. Forcément, lorsqu’on est confronté à ce genre de situation, beaucoup de questions se posent par rapport aux valeurs de ces deux mondes. Cela a donc un impact sur la manière de se définir en tant qu’individu, de cheminer vers une nouvelle version de soi-même. Les parents perdent souvent leurs repères en raison qu’ils n’ont pas de références dans la nouvelle société. Ils ont vécu leur propre adolescence d’une autre manière que celle de leurs enfants. La culture a une influence sur notre perception de notre vécu et de celui des autres. Ce qui fait que, dans tout ça, le jeune essaie de trouver une cohérence entre ce qu’il vit à la maison et à l’extérieur. Il se retrouve donc en repositionnement constant à la recherche de lien de confiance et d’amitié avec autrui.

Ce dernier point est souvent difficile à vivre pour ces jeunes immigrants par le fait que les repères ne sont pas les mêmes que pour les jeunes natifs. Il s’agit d’un problème d’intégration, soit dans leur communauté d’appartenance ni dans la société d’accueil. L’école est l’endroit par excellence pour que ces jeunes s’intègrent. Pour bien des parents, la scolarisation de leurs progénitures est importante par le fait de réussir à l’école est un gage d’intégration dans le nouveau milieu. Mais pourtant, ce n’est pas le cas. Souvent, lorsque les parents ne parlent pas la langue du pays, ces jeunes se retrouvent donc l’intermédiaire entre leurs géniteurs et la société d’accueil. Ce n’est pas une mince affaire que d’être le responsable de ses parents quand on se cherche soi-même.

Tout dépendant de l’âge où l’intégration scolaire se fait, divers problèmes peuvent être découverts soit avec l’enfant ou le parent : linguistique, sociale, santé, l’hiver québécois. Il y a un isolement qui se fait, surtout quand on est parent immigrant. Cet isolement est un résultat du manque de reconnaissance de compétences parentales. Pourtant, dans leur pays d’origine, ils ont ces compétences. Cela a donc un impact sur la vie familiale.

Tout ça fait que la question identitaire devient un sujet sensible pour bien des immigrants. Les repères ne sont plus les mêmes et que la transmission des valeurs peut se faire difficilement. Dans un prochain texte, j’aborderais la notion de la religion sur la construction identitaire. Car, bien qu’au Québec, la religion fait partie du privé, ce n’est pas le cas de toutes les sociétés.

[Collaboration]

Ce texte a été écrit en collaboration avec des étudiantes de deuxième année à la maîtrise en médiation interculturelle offert par l’Université de Sherbrooke dans le cadre du cours Projet Intégrateurs 3. Les images sont de Rafael Benitez de l’organisme Paalmtl.

Depuis toujours, on se questionne sur la place des femmes dans la société. Comment développer leurs droits ? Lesquels prioriser en premier ? Quel type d’égalité hommes femmes devrait-on viser ? Comment y arriver ? Quels types d’obstacles les femmes vivent-elles au quotidien ? Beaucoup de questions, beaucoup de possibilités. Avec les récents événements au Québec (adoption de la loi 62, la Commission d’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, la Commission sur le racisme systémique, la vague de dénonciation pour les inconduites sexuelles, etc.) on peut se questionner encore plus sur ce que la femme représente au sein de notre société. Quelles femmes veut-on voir ? Quelles femmes veut-on cacher ? Les femmes sont-elles solidaires les unes des autres ? Y a-t-il un ou plusieurs féminismes? Le féminisme se vit-il de façon identique ailleurs dans le monde ? Sinon, de quelle manière est-il vécu ?

Depuis des siècles, le mouvement féministe a apporté beaucoup aux femmes et par conséquent, aux sociétés. Mais principalement dans les dernières années. On sait que le féminisme a toujours existé sous différentes formes. On pense à Olympe de Gouges et sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), aux suffragettes et au droit de vote (1832 au milieu 1940 environ), à Simone de Beauvoir et à la lutte pour la légalisation de l’avortement (deuxième partie du 20e siècle), à Thérèse Casgrain qui fonde la Fédération des femmes du Québec en 1966, à Malala Yousafzai et l’éducation des filles (actuellement) ou à Natacha Kanapé Fontaine et aux femmes autochtones (actuellement). Les exemples ne manquent pas. Mais encore aujourd’hui, et partout, de nombreuses femmes vivent des conditions difficiles et injustes. Il y a des avancées, mais elles sont inégales selon le contexte. Les différences au sein des diverses sociétés, politiques et économies varient, non seulement d’un pays à l’autre, mais aussi d’un secteur à l’autre.  La politique illustre bien cette nouvelle dynamique. On n’a qu’à penser aux dernières élections municipales[i] au Québec. Non seulement on vient d’élire la première femme comme mairesse de Montréal en la personne de Valérie Plante, mais le pourcentage de femmes présentes dans les différents conseils municipaux est de 31,3%. La grande majorité étant âgée de 35 à 44 ans. Une augmentation depuis 2005 où la présence des femmes rodait, à l’époque, autour de 26%. Et plusieurs autres premières se sont produites lors de ces mêmes élections municipales, autant à Montréal qu’en région, en ce qui a trait à la cause des femmes. Entre autres, le Québec a élu la première femme autochtone à Montréal comme conseillère, mais aussi la première femme transsexuelle comme mairesse à Très-Saint-Rédempteur, en Montérégie.

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On parle des progrès de la cause des femmes, entre autres en politique, au Québec. Mais est-ce le cas pour toutes les femmes selon les différences sociales, religieuses, culturelles, d’origines et de générations ? Et qu’en est-il ailleurs dans le monde ? On pense que ces femmes se battent contre un environnement misogyne dans leurs sociétés ou communautés d’origine, un environnement que l’on croit plus inégalitaire que le nôtre. Qu’en est-il vraiment ? C’est ce dont il sera question lors du Forum et du Colloque Femmes et Féminismes en dialogue du 26 au 29 novembre 2017. Cet événement regroupera des femmes, déjà dans un processus de dialogue dans leur pays et venues pour partager sur les réalités multiples des femmes dans leur société et dans le monde. Non seulement tous les continents y sont représentés, mais les femmes qui sont présentes viennent autant de la société civile que du monde universitaire. Les sujets abordés vont des tensions qui existent entre femmes, aux avancées et reculs dans le ou les mouvements féministes. Cet événement a pour but de favoriser les échanges, savoirs et stratégies, entre participant-e-s. De plus, on vise la solidarité entre les femmes pour se construire et se renforcer au-delà des frontières. Organisé par une équipe de recherche action médiation interuniversitaire, cet événement rassembleur se tiendra à Montréal (Centre Justice et Foi) le 26 et 27 novembre et à l’Université de Sherbrooke, campus de Longueuil le 28 et 29 novembre. Pour plus d’informations, visitez le site du Colloque et du Forum international Femmes et féministe en dialogue.

[i] Source : Affaires municipales et Occupation du territoire https://www.electionsmunicipales.gouv.qc.ca/je-minforme/portrait-statistique-preliminaire-des-elections-municipales-2017-candidats/

Aujourd’hui, comme toutes les années depuis pratiquement 30 ans, c’est la journée mondiale des droits de l’enfant. Qu’est-ce que ça implique ? Beaucoup de choses que l’on peut regrouper en cinq catégories de droits. Voici donc ce qu’il faut retenir.

Les droits civils

Ici, on retrouve les droits qui concernent la vie de façon générale. Cela implique tout d’abord, le fait d’avoir le droit à la vie. Ce qui va de soi quand même, mais historiquement, cela signifie le droit de ne pas être tué. L’option actuelle est beaucoup plus positive, n’est-ce pas ? Mais cela implique tout simple d’être protégé des meurtres ou de la violence sous toutes ses formes. Par exemple, le cas tristement célèbre de Guy Turcotte ou le fait de subir les bombardements à répétition en Syrie. De plus, l’enfant a le droit à une identité qui lui est propre par l’attribution d’un nom et d’une nationalité, parfois double ou triple, selon le cas. Les enfants de mon mari ont cette triple nationalité. Ils sont nés au Québec de parents Maroco-Algériens.

Évidemment, qu’importe l’âge, l’enfant à le droit à une vie privée. Sauf peut-être bébé, car là, on s’entend, ils dépendent complètement de l’adulte à tous les niveaux. Mais dès qu’ils gagnent en autonomie et en maturité, ils ont droit à un minimum de vie privée ! Ils ont le droit à la protection sous toutes ses formes, en particulier lorsque la situation l’exige, comme dans le cas d’un handicap ou d’un problème de santé. Par le fait même, tout enfant ne peut être discriminé, dans le cas contraire, il peut avoir accès à la justice.

Les droits économiques

Ici, nous pouvons regrouper trois droits importants. Évidemment, un enfant doit être protégé contre toutes formes d’injustices, comme le travail forcé. On le sait, dans plusieurs pays, cette situation est plus que fréquente. Cela signifie que dans ces cas, qu’un niveau de vie décent n’est pas respecté. Ce qui est dommage pour l’enfant, car cela fait en sorte que sa sécurité est en danger. Par ce fait même, la sécurité sociale doit permettre aux enfants de combler ses besoins essentiels, tels que le fait de pouvoir se nourrir, de s’éduquer et d’être soignés. Dans bien des cas, le manque de ressources financières a donc un impact sur la vie globale de l’enfant.

Les droits politiques

Tout comme les adultes, les enfants ont le droit d’avoir des opinions. Ils peuvent choisir par eux-mêmes quoi dire et comment l’exprimer sans que personne ne leur dise comme procéder. Ils ont aussi droit à la liberté de penser, de conscience et de religion. Donc, si un enfant n’est pas en accord avec les décisions de ses parents, il peut le dire. Du moment que le tout se passe dans le respect de soi et des autres. Donc l’argument de la crise d’adolescence, on repassera. Cela va donc de soi que, si l’enfant peut émettre son opinion, il a aussi le droit d’être protégé en raison de ce qu’il dit. Donc, il ne peut subir de mauvais traitements en raison d’un désaccord avec l’autorité, ni de voir ses droits et libertés être restreint ou même en être privé. On parle des droits fondamentaux, évidemment, pas du droit à l’utilisation de l’internet ou du cellulaire. On peut très bien faire sans. On est quelques-uns avoir traverser notre enfance et notre adolescence.

Les droits sociaux

Tout enfant a le droit d’être nourri et logé par sa famille. En cas de besoin, l’enfant doit être vu par des médecins. Comme dans les autres droits nommés ci-haut, l’enfant doit même être protégé. Ici, il est question de protections contre toutes formes d’exploitations, notamment celles qui touchent à la sexualité, contre l’enlèvement et la drogue, mais aussi contre l’enrôlement avant l’âge de 15 ans en cas de guerre. En matière d’enlèvement, en Amérique du Nord, nous avons l’alerte Amber qui est « un système qui permet d’alerter la population, par tous les moyens médiatiques possibles, pour diffuser de l’information rapidement. L’alerte AMBER est déclenchée lorsqu’un enfant est enlevé et que l’on craint pour sa vie. » Source : http://www.alerteamber.ca/

Les droits culturels

Les droits culturels impliquent le droit à l’éducation. Techniquement, l’éducation primaire doit être gratuite et obligatoire pour tous. Évidemment, dans certains milieux, ce n’est pas le cas, comme dans les milieux aisés. Mais dans les milieux défavorisés ou en voie de développement, cela doit aller de soi. Aussi l’enfant a le droit à des loisirs, car il s’agit là aussi d’une source de formation immense. Et on n’a pas à débourser une quantité phénoménale d’argent. Aller jouer dehors, au musée (les expositions permanentes sont souvent gratuites), les bibliothèques ou les maisons de la culture sont des sources d’apprentissages sur lesquelles on peut compter.

Comme vous pouvez le constater, les enfants doivent être protégés. C’est normal, ils sont parmi les êtres les plus vulnérables de la planète. Cela revient dans plusieurs droits. Il y a aussi une interrelation entre les divers droits. Bien que pour plusieurs adultes, ses droits vont de soi, pour beaucoup de gens, dépendant des régions, cela n’est pas le cas. Dans les secteurs à risques, on constate que les pays les plus pauvres sont très présents. Je n’ai pas de solutions parfaites à vous suggérer pour régler la situation universellement, mais je sais que chaque petit geste compte, même si ce n’est que localement.

Quelles catégories de droits vous touchent le plus ? Pourquoi ?

Aujourd’hui 16 novembre, c’est la journée internationale de la tolérance. Mais qu’est-ce que c’est la tolérance ? Selon Antidote, deux solutions sont possibles. Premièrement, il s’agit du « respect de la liberté d’autrui, de ses manières de penser et d’agir ; respect des opinions politiques et religieuses d’autrui même si on ne les partage pas. » C’est aussi le « fait de s’abstenir d’interdire ou d’exiger quelque chose alors qu’on le pourrait ; liberté qui résulte de ce fait. » Les définitions du Petit Robert 2009 abondent dans le même sens. Mais dans les faits, l’est-on vraiment ?

En fait, j’ai l’impression du contexte. Dans bien dans des cas, nous le sommes. Mais chacun d’entre nous avons des points que nous tenons réellement à coeur. Personnellement, je suis vraiment intolérante au manque de respect, qu’importe la forme. Je suis quelqu’un de patient, mais il se peut que si la personne n’est pas correcte avec moi, j’essaie de l’éviter dans le but de ne pas créer de conflit. Car, quand je me fâche, je traumatise un peu les gens tellement que ça n’arrive pas souvent.

Mais quel type de tolérance a-t-on au Québec ?

Selon Claude Gélinas, anthropologue à l’Université de Sherbrooke, il y en a au moins deux. Le premier est plus pragmatique, c’est-à-dire, qu’on n’a pas le choix de l’accepter. Le deuxième est plus intégratif, c’est-à-dire qu’on va plus loin que juste l’accepté mais aussi à l’intégrer dans la société, car on y voit une valeur réelle, utile pour notre identité collective. Les Québécois se situent majoritairement entre les deux. La tolérance est présente et précieuse quand on se compare avec d’autres sociétés.

Pour Gélinas, la tolérance vient avec la connaissance. Lorsque l’on ne connaît pas certains aspects de l’autre, on a tendance à se méfier de lui. Pour miser sur la tolérance, il faut miser sur l’éducation et la connaissance de l’autre. Cela évite de prendre les préjugés et de se les approprier maladroitement.

Comment procéder?

Pour y arriver, il existe des stratégies à long terme. Dans l’enseignement, il faut laisser de la place pour la prise de conscience en matière de différence. L’aspect anthropologique n’est pas assez enseigné au primaire et au secondaire. Le cours d’éthique et culture religieuse est un bon pas vers la bonne voie, mais on aurait pu éviter de parler de religion. Le but de ce cours est de parler des points communs que l’on peut avoir, mais c’est l’expression de ces points qui font la différence entre deux personnes.

À plus court terme, il faut multiplier les espaces de rencontres et de dialogue entre les citoyens issus de cultures différentes. Le rôle de l’État est de faciliter la création de ces espaces, car c’est au contact de la différence qu’on apprend à accepter ce qu’elle est et faciliter la convergence citoyenne.

Il faut avoir une expertise en la matière d’animer ces groupes de discussions. Pour cela, il y a les médiateurs interculturels. Ils n’ont pas pour mission de trouver eux-mêmes les solutions, mais d’amener les parties à le faire par elles-mêmes. Il s’agissait d’une recommandation de la commission Bouchard/Taylor.  L’État peut aussi avoir pour mission de favoriser ce type d’emplois. Le rôle de l’État est de soutenir l’action citoyenne, car la meilleure façon de favoriser un cadre de vie qui accepte l’interculturalité, les prises de décision ne doivent pas venir de l’État lui-même, mais des citoyens. L’État est là pour appuyer les projets citoyens.

Mais la représentation des immigrants au sien de l’État?

Pour Jorge Frozzini, professeur à l’université du Québec à Chicoutimi, il y a clairement un vide à ce niveau. Cette omission provoque un manque d’accès aux conditions d’implications à la vie active et à la volonté politique. Il y a un lien entre les deux, si l’un n’est pas stimulé, l’autre ne l’est pas non plus. L’équité des relations a aussi son importance. Il faut que les relations entre les différentes strates de la population soient égalitaires pour avoir droit à un partage des pouvoirs. Il s’agit d’un principe fondamental pour que l’implication de la diversité dans les institutions soit un succès. Si la relation est dominant/dominé, la place de la minorité est prise par quelqu’un d’autre qui est censé être influent dans une communauté qui n’est pas la sienne. La tolérance peut être néfaste, car la personne qui tolère se trouve en position de domination. C’est à éviter. Ce qu’il faut faire, c’est reconnaître l’autre comme un égal. Il est donc important de changer les termes, mais aussi nos comportements vis-à-vis l’autre.

Ce que l’on peut comprendre, c’est que la tolérance a un impact sur la vie des gens. Qui dit tolérant, dit éduqué, donc, ouvert d’esprit. Par contre, il existe un manque systémique par rapport aux immigrants. Bien qu’individuellement, chacun d’entre nous tolère l’autre, est-ce que le Gouvernement ou toutes autres instances le font ? C’est une question mérite réflexion.

 

Dernièrement, j’ai eu à m’acheter une grande quantité de livres concernant mon projet de stage que je réaliserais en janvier prochain. J’en parlerais quand tout sera confirmé avec le milieu et l’école, mais vous l’auriez deviné, ça tourne autour de la construction identitaire.

Un des livres que je me suis procuré parle de l’impact de la langue sur la construction identitaire. Il s’agit du livre Discours et constructions identitaires publié sous la direction de Denise Deshaies et Diane Vincent aux presses de l’Université Laval, à Québec, en 2004. Il contient 225 pages. Vous l’auriez sûrement remarqué, car je l’ai mentionné souvent ici, la langue fait partie intégrante de l’identité d’une personne.

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C’est d’ailleurs un peu le sujet du premier texte, écrit par Louis-Jacques Dorais du département d’anthropologie de l’Université Laval. Bien qu’il n’y a pas de définition précise en matière de construction identitaire, Dorais note tout de même trois points importants dans les différentes définitions proposées. Le premier point mentionne un rapport, car l’être humain se construit dès qu’il a conscience, ce qui arrive très tôt dans la vie, qu’il partage le monde avec d’autres personnes. C’est un rapport issu du subconscient qui façonne notre identité et notre place dans l’univers. Le deuxième point touche le relationnel. La construction identitaire change selon les gens que nous côtoyons. Avec une personne, nous pouvons être hyper gentils, mais vouloir arracher la tête de la prochaine personne qui nous parle pour exactement les mêmes raisons. Tout dépend de la relation que l’on construit avec ces personnes. Cela n’a rien à voir avec l’histoire de la personne. Quelqu’un peut nous sembler agressif alors que c’est peut-être nous qui l’avons rendue inconsciemment comme ça ou bien la personne vient de se chicaner solide avec son conjoint et c’est nous qui écopons le restant de la tempête. On ne peut pas savoir, mais cela ne veut pas dire que la personne est constamment en colère contre le monde. Le troisième et dernier point touche l’environnement. Nous sommes constamment en interaction avec lui et cela englobe beaucoup de choses : une même nouvelle à la radio peut rendre quelqu’un heureux, comme en faire pleurer un autre. Pourquoi ? Parce que personne n’a la même histoire et les mêmes interactions avec son environnement. Ce que Dorais nous explique par ces trois points, c’est que la construction de l’identité se fait en ayant un rapport non seulement avec l’humain, mais aussi l’environnement dans lequel il se trouve.

Toujours selon Dorais, il y a trois types d’identité : la culturelle, l’ethnique et la nationale.  La première concerne la vision du monde que l’on a en commun. L’identité ethnique concerne tout ce qui différencie un humain de l’autre. Elle est liée à l’identité nationale qui elle, est le fait de savoir qu’on appartient à un peuple précis.

L’autre texte qui m’a bien plus est celui de Fouzia Benzakour au sujet des stéréotypes des Maghrébins lorsqu’ils émigrent au Québec. Ils sont tellement habitués à l’accent français et à aucun autre, que lorsqu’ils entendent l’accent québécois, des courts-circuits se font et ils ne comprennent plus rien de ce que l’on dit. Mais bon, même les Français ne nous comprennent pas, alors, il ne faut pas s’étonner. Benzakour dit, que pour les Maghrébins, le français, acquis principalement à l’école, est la langue qui permet une ouverture sur le monde moderne. Pourtant, lors que je suis allé en Algérie, j’ai eu à côtoyer beaucoup de gens qui ne parlaient pas français du tout. Il fallait se débrouiller pour se comprendre. Et il est clair que ma belle-famille ne devait pas toute comprendre ce que je disais. Par contre, parce que je parlais français, le cousin de mon mari était sûr et certain que j’étais de l’Europe ! Il a été un peu déçu de savoir que je n’avais jamais mis les pieds en France.

Pourtant, l’accent dit que l’on utilise au quotidien en dit long sur nous. Il est un marqueur identitaire autant que la langue parlée. Pourtant, il ne reflète pas notre apparence physique. Est-ce qu’un noir parle forcément wolof ? Un Arabe parle forcément l’arabe ? Un Asiatique, le japonais ou le mandarin ? Désolée de vous décevoir, mais non, ce n’est pas forcément le cas. Il arrive que la transmission de la langue ne se fasse pas d’une génération à l’autre. C’est ce qui est un peu décevant, car cela fait en sorte qu’il manque un pan de culture à l’enfant concerné. Son identité peut donc en subir quelques contre coup. Au contraire, je crois qu’un enfant maîtrisant plusieurs langues dès son âge à un avantage sur ceux qui n’en maîtrisent qu’une ou deux.

L’apprentissage de nouvelles langues permet d’ouvrir ses horizons et de stimuler sa curiosité. Il ne faut donc pas négliger l’apprentissage d’une langue en disant que son enfant va en être puni. Au contraire, c’est une richesse.

Le 4 novembre dernier, l’Association Défi-lles et des Ailles a tenu une conférence sur la violence faite aux femmes autochtones avec Michèle Audette. L’activité c’est tenu dans un café de Montréal, donc dans une ambiance très décontractée. D’emblée, il faut dire que Madame Audette est d’origine métis, c’est à dire qu’elle a une mère Innu et un père blanc. Elle est née au Québec à Mani Utenam et sa langue maternelle est l’innu. Elle est l’ancienne présidente des Femmes autochtones du Québec. De plus, elle a été  sous-ministre chargée du Secrétariat à la condition féminine du Québec. Elle est donc bien placé pour parler de la situation. Actuellement, elle est commissaire à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Dans la société autochtone, il y avait à l’origine un équilibre entre les deux sexes. Les  rôles étaient définis et complémentaires. Les hommes s’occupaient de la chasse et la femme de ce qui tourne autour de la cellule familiale. Par contre, lorsque les hommes partaient pendant de longues périodes, les femmes avaient une plus grande marge de manœuvre, c’est-à-dire, qu’elles pouvaient chasser le petit gibier ou pêcher pour la survie de la famille. Si une des femmes était malade, son mari s’occupait de la cellule familiale.

Les changements culturels, spirituels et dans la relation femme-homme s’opèrent à la suite de l’arrivée des premiers Européens. Cela se fait sentir dans la transmission orale des autochtones. En effet, dans les sociétés européennes de l’époque, les relations entre l’homme et la femme étaient différentes de celles des autochtones. Les Européens ont donc eu une grande influence au niveau l’identité autochtone. Aujourd’hui, on a l’exemple avec loi sur les Indiens.

Par contre, les autochtones n’étaient pas toujours perçus comme étant un peuple à dominer. Jusqu’aux alentours des années 1810, il existait une alliance entre autochtones et Européens. Les tentatives d’assimilation se font après cette période. La première est un échec. Les Européens avaient donné des fermes aux autochtones afin de les sédentariser et de s’en servir comme ressources. Les autochtones n’ont rien compris au fait d’attendre après les animaux pour subvenir à leur besoin. Ex. il faut attendre que la vache soit prête à donner de son lait pour pouvoir la traire. La deuxième tentative a été plus fructueuse. Ce fut la création des pensionnats autochtones dont le but était « de tuer l’indien dans les enfants » qui y résidaient ainsi que de leur enlever toute autonomie. C’est le cas encore aujourd’hui. La situation est encore plus dramatique pour les femmes. Elles ne peuvent plus transmettre leur identité autochtone à leurs enfants, en particulier si elles sont en couple avec un homme blanc. Pour les Européens, l’identité passe donc par le père. Ils ont donc fait en sorte qu’une femme autochtone soit perçue comme une traite par sa communauté si elle va se marier à un blanc.

Les cours d’histoire ont aussi un impact sur le racisme que vivent les Premières Nations ainsi que sur l’image que les blancs peuvent avoir d’elles. On nous apprend que ces peuples étaient des sauvages, des barbares et qu’ils scalpaient les hommes blancs. Ce qui n’était pas le cas, naturellement.

Maintenant, la violence faite aux femmes autochtones est normalisée, autant dans les communautés elles-mêmes que dans la société en générale. Pourtant, elle n’a pas à l’être. D’où l’importance, pour Madame Audette, d’aller vers ces peuples et de communiquer avec eux. C’est un des buts de la Commission sur la violence faite aux femmes autochtones. Les commissaires voyagent dans tout le pays pour rencontrer les membres des différentes communautés autochtones. Une des exigences de la Commission est de laisser libre cours à la parole et aux traditions des Premières Nations. Les gens peuvent, non seulement parler de manière conventionnelle avec les commissaires en étant filmé, mais aussi le faire hors caméra ou simplement avec un des commissaires et une personne de confiance. Mais les témoignages peuvent être aussi livrés sous forme d’œuvre d’art, dessins, poèmes, sculptures, chants, danses, etc. Il s’agit de la première Commission canadienne à le permettre, même si les juges et avocats étaient sceptiques au départ.

Je vous avais parlé, il y a un moment déjà, de quelques notions concernant la construction identitaire. Je poursuis donc ici avec quelques notions culturelles.

La société

J’en ai parlé ici à quelques reprises, mais il y a deux types des sociétés. Il y a les diverses sociétés de l’occident qui sont beaucoup plus individuelles que les sociétés traditionnelles, qui elles, sont axées sur la collectivité. Qu’est-ce que cela implique ? Regardons à cela sous trois angles : celui de l’individu, la manière d’entrer en contact avec autrui et l’entretien de ces relations avec les autres.

Dans une société comme le Québec ou la France, les gens sont autonomes. Ils apprécient l’intimité, être indépendant des autres tout en étant leur égale, mais aussi d’avoir le libre choix de leurs actes. La société valorise les contacts directs et francs et le fait de questionner pour avoir des informations. En échange, les titres et les procédures sont peu respectés. Exemple le Code Morin lors de réunions, les Québécois, on déteste ça! Et avoir une relation amicale avec notre patron? C’est tout à fait normal.

Par contre dans une société où le collectivisme est roi, c’est pas tout à fait pareil! L’individu est fidèle à sa communauté et fier de lui appartenir. Il en est respectueux et veille à ce qu’il y ait une bonne entente qui y règne. S’il veut parler à quelqu’un de précis, il passe par un intermédiaire. La communication ne se fait pas directement entre les personnes concernées, mais par quelqu’un d’autre. Pourquoi ? Parce que les gens de ces sociétés sont des réseaux. Ils fonctionnent ensemble. On ne détient pas l’information de la personne concernée, hé non! On passe par des connaissances communes pour échanger tout ce qui est nécessaire. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Parce que la société est ainsi constituée ! Les relations sont aussi très formelles. On ne demande rien sans avoir posé des questions sur la famille, la santé, les enfants et tout le reste. On ne se contente pas du « Qu’est-ce que tu as fait ce week-end? » Le réseau de la personne est beaucoup plus important qu’elle-même.

La socialisation
Forcément, cela a un impact sur l’éducation que l’on donne à ses enfants. La socialisation ne se fait pas de la même façon d’une société à l’autre. Ici, au Québec, dès son plus jeune âge, l’enfant apprend à être autonome. On lui donne des tâches à effectuer selon sa capacité et on stimule son autonomie en fonction de son âge. Certaines activités se font sous la supervision du parent, d’autres non. On n’essaie pas d’être autoritaire avec eux, mais on valorise la discussion et l’apprentissage par ses intérêts. Dans les sociétés traditionnelles, on apprend à l’enfant que dès sa naissance, il peut compter sur les autres. Ses intérêts sont mis de côté au profit de la collectivité.

La culture

Elle fait quoi dans tout ça? La culture favorise la cohésion sociale et elle permet l’adaptation à l’environnement. Il ne faut pas oublier que les cultures sont des systèmes en soi, car il y a des cohérences entre ses éléments qui, pour nous, vont de soi. Pour quelqu’un issu d’une autre culture, c’est l’inverse, il s’agit d’incohérences et ne comprennent pas pourquoi les gens agissent ainsi. Ces cohérences sont innées, elles font partie de nous. Plusieurs aspects composent la culture comme la langue, les rites et symboles, les valeurs et traditions, les comportements et bien plus.

En 1958, Lévis-Strauss disait que la culture est « tout ensemble ethnographique qui […] présente, par rapport à d’autres, des écarts significatifs ». Non seulement il y a un écart entre les différentes cultures présentes dans le monde, mais, dans une même culture, il y a des sous-cultures. Aucune culture n’est uniforme. Les anthropologues ne sont pas unanimes sur le sujet. Concernant la définition de la culture, ils sont même divisés en deux écoles: 1) universaliste et 2) relativiste. La première insiste sur ce qui est commun à la population tandis que la deuxième le fait sur ce qui nous différencie. Les deux ont raison et les deux ont tort. Car ce que tout être humain a en commun avec son voisin, c’est qu’il est différent des autres.

Ces trois aspects culturels nous laissent croire que la construction identitaire est donc variable dans le temps et dans l’espace. Reculez il y a tout juste 10 ans. Facebook commençait à peine à être populaire. Aujourd’hui, on a peine à imaginer notre vie avant son apparition. Ce qui signifie qu’on a plus à se déplacer comme on le faisait à lors de notre adolescence… en ce qui concerne les trentenaires et plus. Les événements marquent le rythme et la progression du changement identitaire culturels. Et selon qui l’on côtoie, l’identité peut être réclamé (je suis comme ça) ou donnée (tu es comme ça).

Il ne faut pas oublier que l’identité culturelle s’inscrit dans trois axes importants : 1) des interactions directes ou non, qu’elle a une histoire qui la défini et qu’elle consciemment construite. Chaque culture à ses propres marqueurs identitaires qui font en sorte qu’il y ait des frontières entre chacune d’entre elles.

Comme je le mentionne souvent ici, l’identité passe à travers différents aspects. Depuis quelques mois, je vous parle de la langue, de la relation avec les autres, d’habitudes de vie ou de tout autre aspect qui nous caractérisent par rapport aux autres. L’être humain est aussi appelé à changer. J’en suis la preuve. En me convertissant à l’Islam, je suis passé de la société majoritaire à la société minoritaire. C’est la même chose pour un immigrant. Il passe d’une société majoritaire dans son pays d’origine, à une communauté minoritaire dans son pays d’accueil. Évidemment, selon l’endroit où il s’établit, il aura à s’adapter. Par contre, qu’importe qui nous sommes, nous avons 5 besoins identitaires.  Comme individu, nous avons tous besoin d’être différents des autres, mais nous avons besoin d’appartenir à un groupe. Notre identité doit être claire, au moins pour nous-mêmes, et être cohérente avec qui nous sommes et le groupe à qui nous appartenons. En terminant, notre identité doit être une image positive de soi.

Comme l’adage le dit: « Connais-toi toi-même! » C’est important que l’on fasse partie d’une société individuelle ou collective. Car en te connaissant toi-même, tu connais les autres personnes issues de ta culture. Les interactions seront toujours plus faciles, selon le contexte.