Publié dans expérience personnelle, Islam

La fête du Sacrifice chez les musulmans

Comme on le sait, chaque culture a ses fêtes inspirées par la religion.  Au Québec, les fêtes sont basées sur le catholicisme : Noël, Pâques, Jour de l’An, l’Action de grâce, etc. Qu’on soit pratiquant ou non, ces fêtes font partie de l’ADN culturel de beaucoup de Québécois. Elles sont maintenant de plus en plus familiales, mais restent très présentes dans le quotidien. Par contre, de nombreux Québécois ne sont pas catholiques et ont d’autres fêtes que celles que l’on est habitué. Par exemple, demain, les musulmans fêteront l’Aid al Kabir (la Grande Fête) ou l’Aid Al Adha (la fête du sacrifice). Il s’agit de la même fête et voici son histoire.

Pour comprendre l’importance de cette fête pour les musulmans, il faut remonter à l’époque d’Ibrahim, prophète commun aux trois religions monothéistes. L’histoire est écrite dans les trois Livres Sacrés, soit la Torah (lévitique, 22 : 18-19), la Bible (Genèse, 22 : 1-18) et le Coran (Sourate Les rangées, versets 100-109). En résumé, Ibrahim a reçu l’ordre d’immoler Ismaïl. Les deux étant d’accord à passer à l’acte, Dieu épargna Ismaïl et demanda à Ibrahim de sacrifier un mouton à la place de son fils. Il s’agissait d’un test pour connaître la soumission à Dieu du Prophète et de sa descendance. Aujourd’hui, les musulmans poursuivent ce sacrifice à la mémoire de cet événement qui correspond à la fin du Pèlerinage qui a lieu à La Mecque tous les ans. En plus de la journée de la fête, les trois journées qui la suivent permettent aux musulmans de pratiquer le sacrifice. Les dates avancent de plus ou moins 10 jours en raison du fait que le calendrier musulman est basé sur la lune et non le soleil comme le calendrier grégorien.

Il y a une polémique chaque année concernant l’abattage musulman. Selon le rituel islamique, tout animal doit être égorgé à la main. Pour certaines personnes, il s’agit de cruauté animale, mais si l’on compare avec l’abattage industriel, l’abattage islamique est beaucoup plus humain, car il doit y avoir des conditions précises pour que le rituel ait lieu. D’ailleurs, si vous questionnez des chasseurs, il y a de fortes chances que le rituel qu’ils font après avoir touché l’animal ressemble davantage à celui des musulmans que celui qui est lié à l’abattage industriel. Et rien n’est perdu sur l’animal. On mange tout ce qui peut être mangé. En Algérie, en temps normal, les abats sont vendus à même la rue.

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En Algérie, quartier Al Harrach. Pour ceux qui se questionne, oui, le chat est entré dans l’abattoir.  Crédit photo : moi!

L’an dernier, j’ai assisté pour la première fois à ce rituel. Pour être honnête, j’ai adoré mon expérience. Non seulement il est fascinant de voir la réaction de l’animal au moment où il comprend ce qui l’attend. Dès qu’il entend la formule que l’homme doit dire avant le passage à l’acte, il se calme. Il faut dire que l’attitude de la personne qui égorge l’animal joue énormément. Si la personne est trop stressée, c’est un peu plus difficile. Mais si elle est calme, l’animal se laisse faire. Lors de cette journée, il y a aussi un aspect communautaire. Nous sommes plusieurs musulmans à la même ferme et c’est un moment idéal pour discuter avec des gens que l’on ne connaît pas. De plus, pour les gens de la campagne, il s’agit d’une occasion de connaître l’Islam. L’an dernier, la ferme où l’on était recevait des musulmans pour la première fois. En discutant avec eux, à la fin, nous étions les derniers à quitter les lieux, on a pu répondre aux questions qu’ils avaient en tête toute la journée. C’était un très beau moment.

Si vous connaissez des musulmans, dans les prochains jours, questionnez-les sur l’Aïd et ses pratiques. Ils vous répondront sans problème.

Aïd Moubarak! (Bonne fête)

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Le documentaire Les Québécois et la loi 101

Jeudi dernier, le 24 août, Radio-Canada présentait un documentaire sur les 40 ans de la loi 101. Ce reportage est réalisé et produit par Stéphane Leclerc et Judith Plamondon. C’était l’occasion de faire un bilan de ces quatre décennies.

À la base, la loi 101 avait pour but de protéger la langue française en francisant les nouveaux arrivants. Il allait de soi dans les années 70, de créer cette loi, parce que beaucoup d’immigrants priorisaient l’anglais au français. En obligeant les immigrants à aller à l’école en français au primaire et secondaire, forcément, le français allait survivre. Ce qui est une bonne chose si on s’arrête là.

Le documentaire relate trois histoires de réussite en matière de francisation. Ces histoires sont celles de Akos Verboczy, auteur de Rhapsodie québécoise, Itinéraire d’un enfant de la loi 101, Cathy Wong, chroniqueuse au Devoir, et Ogden Ridjanovic, membre d’Alaclair Ensemble. J’ai bien aimé le propos de Cathy Wong ce qui a trait à la définition d’un Québécois, qui se résume en gros à un Québécois n’est pas forcément un blanc francophone. Elle-même disait qu’à l’adolescence, elle a eu beaucoup de difficultés à définir son identité, est-elle chinoise, québécoise ? Ce n’est qu’après un voyage au pays de ses parents qu’elle est vraiment québécoise.

Les jeunes du Collège Vanier ont aussi beaucoup de choses à raconter. Malgré le fait qu’ils parlent tous très bien le français, personne ne se sent Québécois. Un des jeunes dit même que la signification du québécois n’est pas la même en français ou en anglais. Pour lui, elle est beaucoup plus lourde dans la langue de Molière que celle de Shakespeare. Une critique qui ressort aussi de cette discussion, c’est le fait que le français est enseigné dans les écoles, mais pas ce qu’est la culture québécoise. En anglais, la culture anglophone y est enseignée. Le sentiment d’appartenance à une culture est donc peut-être plus facile à acquérir en anglais qu’en français.

Ce qui revient souvent aussi, c’est le fait de se faire demander sans cesse ses origines. Comme si elle annulait le fait que d’être né au Québec fait de nous des Québécois. J’avoue que pour le vivre aussi, c’est désagréable. Comme si le fait d’avoir une différence (couleur, accent, signe ostentatoire) fait de nous des gens de second ordre. Ce n’est pas le cas. Lorsque j’écoutais les propos des jeunes, je disais à mon mari que je comprenais ce qu’ils disaient. Il m’est arrivé quelques fois de me faire demander de quel pays j’étais à cause de mon beau costume (sic). Je ne vous dis pas le malaise des gens quand je sors mon gros accent du Québec et que je leur dis que je suis originaire de la Capitale !

Ce qui ressort de ce reportage, c’est que le Québec est actuellement en mutation. Il n’est plus celui d’il y a 20 ans et c’est tant mieux comme ça ! Le problème est qu’on dirait qu’on ne va pas au même rythme. Les politiques et les institutions sont au ralenti par rapport au mouvement migratoire qui donne un nouveau souffle à la Belle Province. Akos Verboczy dit même à la fin du documentaire que, oui, l’immigrant change en arrivant dans un nouvel environnement. Par contre, la société doit aussi faire son bout de chemin en comprenant que l’immigrant ne peut changer du jour au lendemain. Ce qui est vrai et cela donne une couleur particulière au Québec.

Vous pouvez le voir sur ici tou.tv

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L’interculturisme et le Québec.

Dernièrement, en lisant sur l’interculturalisme, je m’aperçois qu’en effet, l’interculturel a vraiment mauvaise presse. En effet, l’engouement pour l’interculturel est récent, alors, on a peu de documentations sur le sujet. Pourtant, le phénomène a toujours été présent au Québec. Notre province s’est construite, il faut se le rappeler, grâce à quatre peuples : les autochtones, les Français, les Britanniques et les Irlandais. Si vous visitez la la Prison des Patriotes au Pied-du-Courant à Montréal, vous pourrez d’ailleurs voir le drapeau tricolore de l’époque. Tricolore en raison des peuples français, britannique et Irlandais. Exit les autochtones.

Drapeau original des Patriotes. Pour connaître l’histoire: http://histoire-du-quebec.ca/drapeau-des-patriotes-drapeau-patriote/

Historiquement parlant, l’immigration a toujours été présente au Québec. Pourtant, la problématique de la relation avec les immigrants est récente. Nous avons donc inventé l’interculturalisme pour mieux assimiler le nouvel arrivant à sa nouvelle société. Le problème, c’est que cela a créé un malaise à cause du mot « interculturel ». C’est un mot qui dérange, car il est question de l’identité du peuple québécois. Il est, en quelque sorte, une menace pour ceux qui se décrivent comme étant « de souche ».

Non seulement le mot interculturel crée un malaise au sein de la société, mais la définition est floue.  On s’entend qu’au Québec, la grande majorité des gens rejettent le multiculturalisme canadien, même s’ils sont en pâmoison devant Justin Trudeau. De plus, le peuple serait contre l’assimilation, mais est d’avis d’intégrer les gens selon les valeurs que l’on a au Québec. Pourtant, lorsque j’écoute les médias ou même certaines discussions, ce n’est pas tout à fait exact. Certaines personnes souhaitent que les immigrants s’assimilent complètement. Des immigrants eux-mêmes s’assimilent à la société québécoise sans qu’on leur demande, et pourtant, se font quand même rejeter. Même moi, qui suis née ici, aux yeux d’une partie des gens, je suis immigrante et pas intégrée à ma propre nation.

Pourtant, lorsque je réfléchis à l’évolution de notre société, elle a fait un certain progrès en matière de diversité et d’intégration. Je me souviens d’une émission d’Ici, Louis-Josée Houde qui montrait le premier noir à avoir passé à la télé dans les années 60 : il était déguisé en robot, pour qu’on ne le voie pas ! En cinquième secondaire, on avait écouté le film Des souris et des hommes. Il y a un noir dans l’histoire. Jamais je n’aurais cru que c’était un noir. Le rôle était tenu par Yves Canuel et le maquillage était tellement mal fait qu’il avait plus l’air sale que de couleur noire ! Déjà, le fait que le film était en noir et blanc, ça n’a pas vraiment aidé à la compréhension de l’image. C’était à la fin des années 90 et on voyait des noirs un peu plus souvent.

Il ne faut pas oublier que pour beaucoup d’immigrants, l’intégration à la société d’accueil est importante. Comme je l’ai mentionné dans un autre article, le travail ne doit se faire que d’un seul côté. Il s’agit d’un travail d’équipe, de collaboration entre les nouveaux arrivants et les natifs. Ainsi, les immigrants seront entourés, et cela nous avantage, en tant que natifs, d’apprendre et d’ouvrir nos œillères. C’est le vrai sens de l’interculturel ; une rencontre entre deux cultures.

Publié dans Linguistique

Les expressions québécoises

Pour poursuivre la série d’articles sur l’identité québécoise, quoi de mieux que de parler de notre belle vieille parlure ! Oui, le Québec  a sa propre manière de parler. On ne peut pas le nier. Notre dialecte est tellement particulier que peu de personnes nous comprennent et réussissent à nous imiter. Les Français le tentent tant bien que mal, sans trop de succès ! Mais même à l’intérieur du Québec, on n’a pas le même langage. On a qu’à penser à l’accent du Saguenay ou de la Gaspésie. Les influences culturelles et linguistiques ne sont pas les mêmes que celles de Montréal. La Gaspésie a l’influence acadienne du Nouveau-Brunswick et Montréal celles des différentes communautés culturelles qui la composent. Le Saguenay a son identité linguistique bien à lui. Dans le but de rire un peu de la diversité linguistique du Québec, voici une liste d’expressions bien de chez nous. J’ai comme principale source le site Narcity avec son article intitulé 100 expressions québécoises par région à mourir de rire.

Prêt pour le premier mot ? Le voici : klaxonner. Il n’a pas la même signification si vous êtes au Saguenay ou en Outaouais. Oh que non! Au Saguenay, on toutte de la haine. En Outaouais, c’est plutôt de la horn qu’on toutte. Que signifie toutter ? Aucune idée précise, car j’ai cherché dans les dictionnaires et je n’ai pas trouvé. Mais j’ai vaguement l’impression que l’on peut traduire ce mot par le verbe klaxonner. Alors, si vous êtes de ces régions, merci de confirmer et d’enrichir notre vocabulaire.

Quant à l’expression « fais pas ta neuve », il y a aussi deux possibilités. La première signification est de ne pas faire sa princesse et la deuxième signifie, en gros, « t’es capable de le faire, donc fais-le ! » Idem pour le fait de vomir. Dans certaines régions, on « call l’orignal », alors que dans d’autre on « gague. »

D’autres expressions peuvent porter à confusion en raison de la signification de certains mots. Par exemple, « J’m’en va faire la shop ». Dans certaines régions, la shop signifie l’épicerie. Honnêtement, je n’aurais jamais deviné, car pour moi, le mot shop est le mot anglais pour l’usine. Il y a aussi l’ourlet. Vous pensez sûrement au bas de pantalon. J’avoue que moi aussi, quand j’ai lu ce mot, c’est ce que j’ai cru ! Mais non! Il s’agit d’un banc de neige pour quelqu’un quelque part au Québec.

Ce ne sont que des exemples, mais elles montrent à quel point la langue est influencée par son environnement. Si au Québec, on note une grande différence dans notre manière de parler, alors qu’on est que 8 millions d’habitants, alors, imaginez le choc quand un immigrant arrive dans un nouvel environnement et qu’il doit apprendre le français. Les subtilités d’une langue sont nombreuses… et les accents aussi. Ce qui peut compliquer les choses lors de l’apprentissage de la langue.

En terminant, j’aimerais savoir quelles sont vos expressions préférées dans la langue française.

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Le sentiment d’appartenance à la société québécoise?

Pour continuer la série sur l’identité québécoise, je vais y aller avec mon expérience personnelle. J’avais déjà parlé de la notion d’étranger dans un autre article. Je vais donc continuer dans cette veine.

En effet, lorsque je me suis convertie à l’Islam, j’étais loin de m’imaginer que j’allais entendre des propos racistes à mon égard. J’étais peut-être naïve, mais oui, je croyais que c’était évident que je suis québécoise. Mais tant et aussi longtemps que je garde le silence, les gens pensent que je ne suis pas d’ici. La semaine dernière, un individu de Québec m’a dit que ses ancêtres avaient tout fait pour m’accueillir, moi l’immigrante. Hé! bien, dommage pour lui, mes ancêtres sont ici depuis des générations. Le premier de la lignée à être arrivé ici a même fondé le village où je suis née!

Qu’est-ce qui définit un Québécois? Quelles sont les caractéristiques de la société québécoise? Une question récurrente : après combien de générations n’est-on plus immigrant, qu’on est réellement québécois? Je n’ai pas de réponses précises, car moi-même, par moment, je me sens loin de la définition qu’on nous donne habituellement.

En 2012, dans le journal Métro, Alain Bourgeois écrit ceci :

« C’est assurément cet amalgame d’immigrants et d’habitants, qui a formé la base de notre société québécoise actuelle. Au fil des années, l’origine des immigrants s’est diversifiée et le mélange des cultures s’est multiplié. »

En 2013, dans Huffington Post, Richard Marceau se questionne sur la notion de québécois. Est-ce une question de territoire, d’histoire, de langue et culture? Selon lui, non ! C’est le sentiment d’appartenance qui prédomine.

En fait, chacun a sa propre interprétation de ce qu’est un Québécois. Mais il semble clair que le sentiment d’appartenance est présent, mais aussi le respect des valeurs qui caractérisent le peuple. La grande majorité des gens le font. Alors, pourquoi critiquer une minorité de gens ne voulant pas s’intégrer? Il y a des gens issus de l’immigration récente qui participent davantage à la société québécoise que des gens issus d’une longue lignée de québécois.

Cette année, la loi 101 a 40 ans. Cela fait 40 ans qu’on dit aux immigrants qu’ils doivent envoyer leurs enfants à l’école en français, pour qu’ils apprennent la langue. C’est une bonne idée, mais est-ce qu’elle a du sens? Dans un article de Radio-Canada sur le sujet, on constate que les jeunes d’aujourd’hui ne s’identifient pas pour autant à la culture québécoise. Judith Plamondon, réalisatrice et productrice du documentaire Les Québécois de la loi 101, dit :

« On avait l’impression, 40 ans plus tard, […] que ces enfants de la loi 101 étaient bien intégrés dans la société. Mais on a vu qu’il y avait des problèmes d’appartenance. »

Cela veut tout dire. Alors qui sommes-nous pour juger qui est plus québécois qu’un autre? Il n’y a personne mieux que nous-mêmes pour savoir si on se sent appartenir à une nation. Surtout pas des gens qui ne nous connaissent pas.