Je suis musulmane depuis un peu plus de cinq ans déjà. Durant ces années, j’en ai entendu de toutes sortes, autant du côté des musulmans que des non-musulmans. En voici quelques exemples. Il s’agit d’une liste non exhaustive, mais je suis sûre que beaucoup de convertis ont vécu des choses similaires. Parfois, il vaut mieux en rire qu’en pleurer, même si quelques fois on voudrait bien être cinglant avec la personne qui est devant nous. Et personnellement, je dois dire que je dois me retenir un peu plus avec les musulmans que les non-musulmans. Ces derniers ne connaissent absolument rien de l’Islam, alors il est normal pour eux de poser des questions, qui pour les musulmans, peuvent sembler vraiment dérangeantes. Il faut comprendre qu’il y a beaucoup d’ignorance en la matière. Par contre, quand un musulman me pose exactement la même question, j’ai un peu plus de difficulté à comprendre pourquoi il la pose. Mais il faut se dire qu’il y a un grand manque d’éducation religieuse du côté des musulmans. De plus, l’interprétation de certains aspects de la vie religieuse est interprétée différemment d’une culture à l’autre.

  1. Tu portes le voile parce que quelqu’un t’oblige ?

Euh non ! Je suis la seule musulmane dans ma famille. Mes parents ne le sont pas, ni mon frère, ni oncles, ni cousins. Niet. La seule exception, mon mari que j’ai connu il y a un an. Et ce n’est pas lui qui m’a obligé à le porter. J’ai commencé graduellement à le porter dès ma conversion, c’est-à-dire, dans mes prières et quand j’allais à la mosquée. Au bout d’un mois, j’ai eu un déclic qu’il fallait que je me couvre plus et je porte le voile définitivement depuis 5 ans et des poussières. Au début je portais simplement un foulard autour de la tête tout en me couvrant le plus possible avec les vêtements que j’avais à la maison. L’avantage quand on se converti, du moins pour les femmes, on reçoit énormément de foulards. Donc, l’investissement se fait principalement dans les vêtements que l’on porte pour couvrir le corps. Pour moi, la transition s’est faite sur un an, soit après avoir marié mon défunt mari. Un peu avant de le connaître vraiment, je

Jilbab.

Moi en Algérie, à l’automne 2016.

m’étais acheté mon premier jilbab. J’en ai acheté d’autres après m’être mariée à lui. Si je l’ai regretté ? Non. Est-ce que je l’enlèverais un jour ? Je n’en ai pas l’intention. La raison est simple. Pour moi, c’est une obligation religieuse. Il est donc nécessaire, pour moi, de le porter. Bien qu’il soit une obligation religieuse, en mon sens, aucune femme ne doit être forcée de le porter. Elle doit le faire pour elle-même quand elle se sent prête à franchir le pas. Certaines le mettent qu’occasionnellement, d’autres jamais sauf lorsque vraiment nécessaire. Mettre le voile de façon définitive vient avec une responsabilité et le comportement change par la même occasion. Si on met le voile pour les bonnes raisons, on se met à agir différemment autant avec soi qu’avec autrui.

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Il m’arrive de mettre qu’un simple voile quelques minutes à la maison. Le temps d’arroser les plantes ou d’aller chercher le courrier.

On me dit souvent aussi que je ne suis pas obligé de ne pas porter le voile. Souvent, cela vient des musulmans eux-mêmes. Surtout quand il est question de se trouver un emploi. Pour ces personnes, il n’est nullement question du port du voile ou du terme cheveux dans le Coran. En fait, en français, il est demandé à la femme de cacher ses atouts. Si l’on regarde dans le dictionnaire, le terme atout réfère à ce qui rend une femme belle. Cela inclut les cheveux.

Le fait de se couvrir n’est valide que si on est à l’extérieure de notre maison ou avec des hommes qui n’ont aucun lien de sang direct avec nous. Je peux donc enlever mon voile lorsque je suis chez moi ou avec ma famille proche par exemple. Mais pas mes cousins ni mes beaux-frères. Le port du voile n’est pas une obligation lorsque l’on est entre femmes ou avec des enfants en dehors du milieu de travail, car là, il y a possibilité de rencontrer des gens qui nous sont interdits.

  1. Tu as un beau costume. De quel pays tu viens ?

Je ne vous dis pas la déception quand je dis que je suis originaire de Québec ! Hé oui ! J’ai passé mon enfance sur la Rive-Sud de la Capitale. J’y ai aussi fait une partie de mes études secondaires, chez les religieuses, ainsi que mon cégep. Une branche de ma famille est au Québec depuis environ 300 ans. On peut dire que la souche est profondément ancrée dans la terre d’ici. Quand on me pose cette question, j’en profite toujours pour dire que je suis convertie, de parler un peu de l’immigration musulmane et de son impact sur la culture québécoise. Si la personne vient d’une région X, je lui mentionne qu’il y a des musulmans à tel endroit de sa région, souvent là où il y a des centres universitaires.

  1. On me parle souvent qu’en arabe

Eh oui ! Parce que je porte le voile, forcément je parle arabe. Tout à fait logique n’est-ce pas ? Pour certaines personnes, oui. Qui dit musulmans, dit arabe. Pourtant, les Arabes ne représentent que 20% de la population musulmane. Bien qu’il nous soit fortement conseillé d’apprendre l’arabe, principalement pour les prières, 80% de la population n’a pas l’arabe comme langue maternelle. Pour la lecture du Coran, il y a des versions bilingue (français et arabe) ou trilingue (français, arabe et phonétique). J’utilise cette version du Coran et c’est comme ça que j’apprends, en partie, mon arabe. Sinon écouter la télé ou des conversations en arabe me permet d’apprendre la langue. Dans ces moments, je bombarde mon mari pour essayer de bien prononcer ou avoir une traduction. Ce n’est pas toujours un succès, mais j’essaie.

J’en ai sorti trois qui me sont venus facilement en tête, mais il y en a tellement d’autres. On a souvent d’idées préconçues qui nous viennent en tête, souvent inconsciemment. Ces questions peuvent être perçu négative, mais il peut s’agir d’une ouverture à la discussion, si la personne est consentante à le faire. Alors, n’hésitez pas à poser vos questions si vous rencontrez un musulman, il prendra souvent le temps de vous répondre, à moins d’un gros contre temps.

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Voici le résumé du tout dernier panel du Colloque sur la radicalisation tenu à l’Université de Sherbrooke en mai dernier. Il s’agit de faire le lien entre la radicalisation et la démocratie. Les panélistes étaient André Duhamel, philosophe à l’Université de Sherbrooke, Louis-Philippe Lampron de l’Université Laval et Julius Grey, avocat.

Un peu comme ce qui a été dit tout au long du Colloque, la notion de radicalisation est très floue. Par contre dans les trois communications, on a pu apprendre les termes utilisés à l’époque qui définissaient la radicalisation. Il était question surtout d’illuminé et d’enthousiasme (vient du grec etheos qui signifie avoir Dieu en soi). La limite entre ces termes et le fanatisme. Le mot vient du latin fanum qui fait référence à un lieu sacré, comme un temple. Selon Voltaire, celui qui a des imaginations et qui se désigne prophète, est un enthousiasme et celui qui soutient sa folie par le meurtre, est un fanatique. Donc, si on se contente d’avoir des idées, on est enthousiasmé, mais si on fait suivre ces idées par des actions, on est fanatique.

C’est à partir de la Révolution française que le vocabulaire change, il se sécularise et n’est plus uniquement religieux, mais devient civile. Le fanatisme religieux fait place au fanatisme politique. L’exemple du mot terreur le démontre bien. Avant 1793, la terreur et le terrorisme étaient associés au domaine de l’art. Ils faisaient partis du sacrée et liés au spectacle, au plus grand de soi dans l’art. Il était un sentiment esthétique. C’était un terme positif. En 1793, la terreur devient un terme négatif et signifie une violence étatique légitime visant les contre-révolutionnaires. À partir de 1794, le terrorisme désigne une violence étatique légitime dont on est victime. Encore aujourd’hui, le terrorisme a une étiquette violente, mais pas forcément étatique. L’État peut aussi se radicaliser, pas seulement une clientèle précise.

Hegel s’est prononcé sur l’enthousiasme, le fanatisme et la terreur. Il fait d’ailleurs la distinction entre le fanatisme religieux et le fanatisme politique, du moment que cela fait référence à une santé mentale saine et non à quelque chose de négatif. Par contre, les deux ont des caractéristiques et des logiques communes. Cela prouve donc que la radicalisation n’est pas forcément religieuse, mais peut être aussi politique.

En ce qui concerne la terreur, le point de vue d’Hegel est avant tout philosophique et idéologique. Pour lui, les idées mènent le monde, mais elles sont aussi matérielles. Il s’agit d’une force sociale et non individuelle/subjective. Pour Hegel, la période de la terreur a permis l’émergence de la liberté politique sur la scène européenne. Pourtant, elle s’affirme de façon négative. Lorsque la liberté s’élève sur le trône du monde sans qu’aucune puissance lui résiste, cela fait d’elle un concept d’objet dans l’élément de l’être. En d’autres mots, lorsque la liberté s’affirme, elle tente de conquérir le monde de façon immédiate en renversant immédiatement tous les obstacles rencontrés. Ce qui engendre une furie destructive qui cause la mort. Cette dernière ne représente rien en tant que tel.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les pays occidentaux ont décidé que la démocratie avait besoin de balises afin que les pays puissent légitimer des actions publiques. Il s’agissait en fait de respect humain, des droits de la personne. C’est grâce à ce pacte que les chartes québécoise et canadienne existent aujourd’hui. L’objectif de toutes ces chartes et pacte, c’est de s’assurer de la coexistence pacifique de tout le monde afin de ne pas revivre les horreurs de la Deuxième guerre mondiale. Jusqu’à présent, cela nous a bien servi. Il faut regarder les chartes du point de vue des juges, car ils en sont les gardiens.

La liberté d’expression protège les discours radicaux et il est fondamental qu’elle le soit protège. On a qu’à penser aux grands penseurs. Chumsky disait que si vous êtes un défenseur de la liberté d’expression, vous êtes un défenseur de quelque chose avec lequel vous êtes en désaccord et qui vous choque. Cela remet en cause les balises des systèmes démocratiques. Ce qui a besoin de protection ? Le discours minoritaire, car celui de la majorité est dominant. Le discours minoritaire et celui des radicaux se retrouvent donc sont la protection de la liberté d’expression et de la liberté de conscience.

Lorsque l’on parle de lutte contre la radicalisation, on est en droit de s’intéresser au discours qui fait en sorte que les jeunes se radicalisent. Il y a donc certains types de discours à analyser et non à restreindre, car cela a un impact aussi sur les libertés de consciences et de religions. Il y a des dispositions dans les chartes québécoise et canadienne qui interdissent la propagande haineuse. Il s’agit ici d’une catégorie très restrictive de propos énuméré dans différents arrêts. Il s’agit souvent de propos violents contre les femmes, les musulmans ou une minorité racisée. Les dispositions actuelles sont souvent correctes dans l’état actuel des choses. Pour que l’on mobilise le droit d’une autre manière que ce qui est sur la table, il faut s’assurer que cela est réalisable, que l’on puisse vraiment lutter contre la radicalisation et éviter l’instrumentation d’actes légitimes dans une société.

Dans le cas d’un discours haineux, on est en droit de se questionner à savoir s’il y a une atteinte à l’une des libertés fondamentales en raison de ce discours violent. Les discours inspirés d’un dogme religieux sont plus protégés qu’un discours qui ne l’est pas. Cela dépend seulement de l’intention de l’interlocuteur et non du fait que le message soit compréhensif ou non pour la société. Il y a aussi deux limites intrinsèques qui définissent les actes expressifs. La première limite touche tout ce qui a trait à la violence physique envers une autre personne. La deuxième limite touche ce qui concerne les lieux impropres à certaines formes d’expression. Cette limite est plus problématique. Par exemple, une manifestation dans une rue est protégée par la loi, car la rue est utilisée pour la circulation des gens. Par contre, si on érige une barricade au milieu de la rue, cette action n’est pas protégée par la liberté d’expression, car on détourne de l’utilisation de la rue de sa fonction originale.

Ce qui caractérise la radicalisation, c’est la présence des inégalités à plusieurs niveaux et qui sous-tendent l’humiliation de ne pas être comme les autres. Viennent par la suite l‘oppression quotidienne et l’impossibilité de résister autrement que ce soit par l’expression ou autre. Si l’on se fie à ça, notre société va passer une période difficile, car il y a des oppressions qui sont présentes, que les inégalités augmentent sans cesse et parce qu’il y a une intolérance totale des idées radicales. Dans la République de Platon, il y a divers systèmes qui sont énumérés et qui fonctionnent bien. Mais la démocratie est rejetée en raison des dérives 1) de la corruption et 2) des riches qui prennent le pouvoir. Le terme social-démocrate est redondant, car le social est implicitement inclus dans la démocratie. Pour réussir, la démocratie doit être relativement égalitaire, sans barrières, sans oppressions et sans aliénation. Chaque individu fait partie intégrante de la société.

Très bientôt, la conclusion de tout ce qui a été dit lors de ces trois jours de conférences. Plusieurs points en commun ressortent de tous les panels de ce Colloque. En faire un résumé pour chaque panel était assez ardu, car je ne voulais rien oublier. Mais dans un exercice de synthèse, on a pas le choix de sacrifier quelques explications. J’espère ne pas en avoir oublié trop. Je vous invite donc à visionner les communications qui vous intéressent sur la page Facebook du SoDRUS afin que vous vous fassiez votre propre idée du sujet. Je vous cacherais pas que certaines conférences sont plus intéressantes que d’autres, mais elles sont toutes pertinentes à leur manière.

Ici, toujours dans le Colloque du SoDRUS dont je vous parle depuis quelques temps, il sera question de l’intervention et de la prévention de la radicalisation. Il s’agit du 5ème panel du Colloque. Trois intervenants y ont pris la parole, soit Jérôme Champagne du Collège de Maisonneuve, Nicole Fournier-Sylvester, du Collège Champlain et Karim Kardady, du Canadian network for research for terrorist.

Ce qui revient dans les communications, c’est le fait qu’il y a un flou au niveau des définitions de la radicalisation, mais aussi au niveau de la laïcité et du discours haineux. Il est important de ne pas stigmatiser les communautés culturelles. Au contraire, il faut faire en sorte de la valoriser, et ce, par divers moyens. La place des médias est aussi importante. Beaucoup de gens y prennent leurs informations qui sont parfois erronées. Parfois les familles s’informent à l’international, mais pas localement. Cela a un impact sur comment les jeunes se perçoivent, mais perçoivent la communauté qui les accueille. Quand on est adolescent, on est pleine construction identitaire, donc la perception des autres influence grandement ce que l’on devient. Vu que beaucoup de jeunes sont issus de la deuxième génération, il faut donc travailler les multi apparences de ces jeunes. Étant ni québécois ni immigrants, ils se sentent perdus. Il faut donc trouver un moyen de faire en sorte qu’ils se sentent eux-mêmes et que leurs multiples identités est une force.

Ce qu’il faut comprendre lorsque l’on intervient auprès des jeunes qui sont à risque de se radicaliser, c’est que de leur créer des espaces de discussions variés, mais qui ont sont supervisés afin d’éviter les débordements. Comme les exemples qui ont été montrés dans la communication de Nicole Founier-Sylvester (Someone, Newsactivist et Soliya). Qu’importe comment cela est fait, il faut faire en sorte que les jeunes soient à l’aise de s’exprimer. Cela peut se faire en classe, mais aussi sur des plateformes technologiques.

Ces espaces de discussion sont nécessaires dans le but de favoriser l’esprit critique, l’engagement civique, la tolérance, la confiance, l’intégration sociale et l’intérêt envers la politique. De plus, il est important d’offrir des cours liés aux sciences humaines, à l’histoire, à la politique nationale et internationale, aux droits et en ce qui a trait au discours haineux. Cela permet aux jeunes de comprendre ce qu’est une crise identitaire, la marginalisation, l’exclusion, ainsi que ce qu’est le contexte du pays dans lequel ils grandissent. Par contre, dans un espace de discussion, il est important de leur laisser le choix du sujet à parler. Le terme discussion est important, car il est beaucoup plus inclusif que le terme débat. La religion en est un parmi tant d’autres et il est important d’en parler s’ils le veulent.

La place des personnes ressources est importante dans ces espaces de discussion ou de prévention. Il doit agir en tant que facilitateur et non comme un vecteur de préjugés. Leur impact est important dans le processus de radicalisation religieux menant à la violence.

Pour ce qui est des autres milieux, ceux où des adultes sont présents, il y a aussi des moyens d’intervention importants à considérer. Dans les milieux de travail, il est important d’avoir une représentation de la diversité culturelle de la société actuelle. Idéalement, le recrutement doit être axé sur les compétences et non sur le nom ou la couleur de peau.

Dans tous les systèmes, il est important ici aussi de donner des formations contre les discours haineux et favoriser l’équité à l’emploi. Dans les médias en particulier, il est important de valoriser la diversité culturelle en misant sur les communautés culturelles. Les écoles ont aussi leur rôle à jouer en matière de formation et de prévention. En effet, elles doivent enseigner ce qui s’est réellement passé et prévoir des programmes anti discours haineux.

AJOUT

Dans le 6ème panel, la conférence qui est présentée parle d’une recherche-action réalisée en France. Les recommandations retenues sont les suivantes :

  • Il faut briser la peur de l’intervention, en réhumanisant les radicaux ;
  • Il faut renforcer les liens de confiance entre les intervenants et les usagers ;
  • Les prises de décisions et les prises en charge doivent se faire collectivement afin d’éviter le travail isolé ;
  • Ce qu’il faut combattre, c’est la structure de pensée et non sur le plan des idée en ayant une approche sans jugement;
  • Ce qui est le plus importants, c’est les compétences intervenants et non le contenu de l’intervention

Pour faire suite au texte lié au premier panel du Colloque sur la radicalisation tenu en mai à l’Université de Sherbrooke, voici ce qui est ressorti des trois panels liés à la religion. Dans un premier temps, il était question du christianisme. Les sujets abordés touchaient les origines de certains mots en lien avec le sujet du Colloque. Pr Rodolfo Felices-Luna, de l’Université de Sherbrooke, nous a donc expliqué les mots fondamentaliste, intégriste et Radicalisme. Par la suite, Pr Jean-Roland Akiki, de l’Université Saint-Esprit Kaslik au Liban, nous a parlé principalement de ce qui peut entraîner l’ignorance chez les croyants. Et Pr Martin Geoffroy, du CEFIR, nous a entretenus de l’intégrisme au Québec.

Ainsi, nous pouvons donc comprendre qu’il est important de comprendre l’origine des mots que l’on utilise en contexte de radicalisation, car souvent on utilise à tort et à travers un vocabulaire qui était tout autre au moment de sa création. En effet, le fondamentaliste, l’intégriste et le radicalisme sont des mots d’origine chrétienne, soit issue de la religion ou de la politique selon le cas, et qui était perçue positivement par leurs créateurs. Ils se voulaient vecteurs d’un changement au sein de la communauté dans laquelle ils ont été créés. C’est probablement la seule communication qui a une thématique plus difficile à lier aux autres, mais dont le sujet est important.

Pour les deux autres communications, on peut synthétiser avec les conférences tenues dans les autres panels. Le deuxième panel lié à la religion est celui où il est question de l’Islam et du Judaïsme. Nous avons eu en premier lieu, M. Mohamed Ourya, de l’Université de Sherbrooke, qui nous a entretenus sur Ibn Taymiyya, un auteur prolifique du début de l’Islam. Par la suite M. Sèze, de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice nous a parler du processus de radicalisation chez les salafistes français. En terminant, Pr Yakov Rabkin, de l’Université de Montréal, nous a parlé du Judaïsme. Le dernier panel, il était question des religions orientales et des anabaptistes. Sur les quatre conférenciers sur le panel, seulement trois ont été enregistrés et dont j’ai pu faire un résumé. Il s’agit de Cinthya Mahmood, de Frank Moore Chair in Anthropology et professeure au Central College, nous a parlé de la résistance et du radicalisme chez les sikhs. Pr Serge Granger, de l’Université de Sherbrooke, nous a parlé de l’extrême droite en Inde et Raphaël-Mathieu Legault-Laberge, de l’Université de Sherbrooke, nous parle des anabaptistes.

Ce que nous pouvons comprendre de toutes ces communications, c’est que le radicalisme part d’un contexte et non d’une religion. En premier lieu, il est possible de constater que l’ignorance ou le fait de mal interpréter un texte peut influencer le parcours religieux. C’est ce qui ressort des communications de Akiki et de Ourya. En effet, selon les gens, les textes lus peuvent être interprétés selon notre parcours personnel. Les exemples donnés touchent principalement les textes islamiques. En effet, Akiki mentionne que dans les pays musulmans, les leaders offrent aux écoles des livres qui sont mal écrits et qui n’ont rien à voir avec l’islam. De plus, il est question de réinterpréter le Coran en le mettant selon l’ordre chronologique et non selon l’ordre actuel. Pourtant, la lecture du Coran doit se faire avec la lecture de son exégèse, car chaque verset à sa raison d’être et son contexte de révélation.

Ourya, quant à lui, nous parle de la perception que les gens ont d’Ibn Taymiyya. Certains le considèrent salafiste, d’autres non, et ce, pour les mêmes raisons. Pourtant, cet homme se base sur la sunna du Prophète et que les raisons qui l’ont poussé à rédiger les fatwas anti Mongoles semblent avoir leurs raisons d’être.

Le processus de radicalisation est aussi abordé. Ce que l’on comprendre, c’est qu’il y a une raison soit identitaire soit territoriale, voir les deux, qui influence le processus.

2017-07-20_11-29-54Geoffroy nous explique qu’il existe 4 schismes dans le processus de radicalisation de l’extrême droite. Le premier étant le mieux et le dernier étant le pire. Le processus est intimement lié à l’histoire de la religion catholique. De plus, lorsqu’un groupe se sent agressé, il a tendance à agresser à son tour. Ce propos c’est retrouver dans les communications de Mahmoud et de Legault-Laberge qui nous disent, en gros, qu’à force de se faire taper sur la tête, les gens ont tendance à changer de comportement et à vouloir se défendre. La radicalisation se fait différemment selon la religion. Certains prennent les armes, d’autres jouent sur la psychologie des gens. Mais il y a toujours un passage à l’acte, mais pas toujours des décès.

Sèze nous parle du processus de radicalisation des salafistes en France. Ce qui est important de comprendre dans ce contexte, c’est qu’il s’agit souvent de jeunes issus de la deuxième générations d’immigrants. Ils n’ont aucune éducation religieuse venant de la famille. Leur éducation se fait de façon isolée ou en collaboration avec des paires qui sont radicalisé. On constate que le processus est, la base, est perçu positivement. C’est par la suite que tout se dégrade en raison de divers déclencheurs.2017-07-20_11-37-08

Pour ce qui est des juifs, on peut constater un phénomène similaire qu’aux sikhs et aux anabaptistes.  Pour les juifs, le sioniste est considéré comme étant radical. Encore là, l’intention à la base est censée être bonne et il s’agit de gens laïque ou athée. La question identitaire et territoriale est importante pour les sionistes. Les plus orthodoxes ne veulent rien savoir d’eux et n’appuient pas leurs actions. Il y a une dichotomie sur le sujet. On croit à tort que ce sont les orthodoxes qui sont les plus radicaux, car ils sont visibles. En fait, ils sont pacifiques et ce sont les modérés, les moins visibles qui sont susceptibles d’être radicaux. Les sionistes ne croient pas en Dieu malgré le fait qu’il leur parle. Et s’ils occupent le territoire palestinien, c’est parce que Dieu leur a dit de le prendre. Il s’agit en quelque sorte une rédemption pour l’atrocité vécue durant l’Holocauste. Et ceux qui s’opposent à Dieu veulent la destruction de peuple juif. De plus, la présence sioniste s’est infiltrée dans le gouvernement et les médias. Cela transpire dans les discours officiels. En gros, les sionistes se servent d’un Dieu auquel ils ne croient pas pour faire avancer leurs causes.

Dans le cas des sikhs, les revendications étaient à la fois identitaires et territoriales. Ils voulaient l’Indépendance du Punjab indien, ce qui a fait qu’à force de répressions, ils ont pris les armes pour se protéger. Il faut comprendre qu’en Inde, il est complexe d’avoir une culture dominante en raison des différentes communautés présentes sur le territoire. Le cas des sikhs est présent depuis longtemps, mais il ne s’agit pas d’un cas unique en Inde. Dans le but de pouvoir unifier l’Inde, le président actuel, Modi, attaque donc les cultures ennemies et tente d’assimiler les minorités culturelles. L’identité même du peuple est donc menacée. Chez les anabaptistes, les cas présentés en exemple démontrent que certains leaders peuvent avoir des comportements contradictoires aux enseignements qu’ils prêchent, ce qui fait que les fidèles ont tendance à avoir recours au monde extérieur pour avoir justice. L’identité collective du groupe est donc affectée et remise en question.

Comme il est expliqué par Raphaël-Mathieu Legault-Laberge, la radicalisation s’explique par des facteurs multidimensionnels, c’est-à-dire :

  • La religion ;
  • La psychologie ;
  • La sociologie ;
  • L’anthropologie.

Il s’agit en quelque sorte d’une roue qui tourne, car ils sont tous interreliés et l’un ne va pas sans l’autre. Il est question entre autres dans le processus de l’importance de la culture et de la croyance et de l’impact sur les groupes et les individus.

Comme promis un peu plus tôt, je vais vous donner quelques ressources que je connais. Aujourd’hui, celles que je vous donne ont un lien, plus ou moins direct, avec la famille.

Défi’lle et des ailles

Il s’agit d’un organisme qui promeut la situation des femmes, mais particulièrement celle des filles. Étant soutenu par des femmes musulmanes, cet organisme contribue donc à leur développement social, culturel et spirituel dans le but que l’intégration des femmes musulmanes dans la société québécoise leur soit avantageuse. Par conséquent, la famille est aussi impliquée dans les démarches. Les principaux objectifs sont d’œuvrer auprès des filles musulmanes âgées de 10 à 20 ans et de leur famille. Il se veut aussi un lieu d’échange, de communication et de soutien qui permet de développer leur épanouissement social et spirituel dans un milieu de vie comme Montréal. S’adresse particulièrement aux musulmans.

Concertation Femme

Ce lieu se veut accueillant, serviable et chaleureux en favorisant les rencontres, les échanges et le partage entre les femmes de diverses origines. La clientèle ciblée est les femmes ayant des difficultés importantes et nécessitant l’aide appropriée. La sensibilisation à la violence faite aux femmes et l’aide aux victimes sont leurs buts principaux. D’ailleurs, vous pouvez trouver des documents sur ces sujets en différentes langues sur leur site internet. Plusieurs activités sont offertes aux femmes, dont celle qui me les a fait connaître qui se retrouve à être une série d’ateliers qui sera donné cet automne sur l’éducation des filles nées ici de femme venue d’ailleurs.

Photo de Concertation-Femme.

Dans la même veine, le Bouclier d’Athéna, vient en aide aux femmes victimes de violence familiale ou sexuelle. Les services sont offerts en plusieurs langues. Les services sont donc adaptés linguistiquement, mais culturellement. Ce qui est important pour que la femme se sente en confiance et ainsi entrer en contact avec les intervenantes.

RePère

Cet organisme ce veut spécifique aux pères et à la paternité. Plusieurs ateliers, activités et services leur sont offerts. Les principaux objectifs sont le soutien aux pères en difficulté, de leur permettre de définir leur paternité et de valoriser leur rôle de père. Comme l’organisme le dit si bien, « un père c’est important », alors pourquoi ne pas les valoriser en tant que personne en leur donnant les outils nécessaires au développement de leurs compétences. La vision de Repère est de favoriser la coparentalité, car la responsabilité d’un enfant se prend à deux et que le père doit être présent dans la vie de ses enfants. L’approche systémique est favorisée. Et pour être encore plus précis, l’organisme Racines vient en aide aux familles marocaines en difficulté établie ici au Canada. Pour beaucoup de familles originaires du Maroc, les difficultés liées à la relation de couples sont importantes et ont un impact sur la vie familiale et celles des enfants. Il est donc important de les aider. De plus, il ne faut pas oublier qu’être un père immigrant implique deux choses importantes. Premièrement, il est le père et cela vient avec des responsabilités. Dans les différentes cultures orientales, le rôle du père est valorisé, car c’est lui qui est le pourvoyeur. La mère reste à la maison à s’occuper des tâches ménagères et l’éducation des enfants. Les deux rôles ont leur importance et sont complémentaires. En occident, la définition des rôles est différente. Il y a une répartition des tâches et des responsabilités font en sorte qu’il y ait une redéfinition des rôles. Ce qui peut désarçonner n’importe quel homme ayant une vision plus traditionnelle de la vie de famille. Le deuxième point, qui est intimement lié au premier, est l’employabilité. En effet, il est difficile de trouver un travail lorsqu’on est immigrants. Forcément lorsque l’on est chef de famille, ce que l’on veut en premier, c’est de subvenir à ses besoins de base (protection, logement, nourriture, vêtements, l’éducation, etc.). Alors que faire lorsque l’on ne trouve pas de travail et qu’on est surqualifié? L’estime de soi est donc touchée et ébranle donc la confiance en ses capacités parentales.

La dernière ressource est beaucoup plus générale. Il s’agit de la Clinique de psychiatrie transculturelle du CSSS du Cœur-de-l’Île. Il s’agit d’un service de consultation, d’évaluation et d’intervention qui accueillent les gens issus de l’immigration et de la diversité culturelle ayant des problèmes de santé mentale ou d’adaptation culturelle. L’ethnopsychiatrie est le principe qui teint les interventions de la Clinique. Pour demander de l’aide, vous pouvez contacter directement la Clinique ou demander aux intervenants des Centres jeunesse, des CLSC, des organismes communautaires et médecins. Bien que située à Montréal, la Clinique est ouverte aux demandes provenant de l’extérieur de Montréal.

N’hésitez pas à demander de l’aide si vous en avez besoin ou si vous connaissez des gens qui ont besoin d’aide, partagez les informations.

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