Publié dans médiation interculturelle

Qu’est-ce qu’un bon médiateur interculturel?

À la base et dans le but de préserver une bonne cohésion sociale et les libertés fondamentales, le médiateur doit avoir une certaine neutralité. Il est la tierce personne, celle qui peut régler un différend entre deux personnes émotionnellement impliquées dans une problématique commune. Le médiateur interculturel doit être aussi capable de s’adapter à la clientèle avec laquelle il travaille. Pour cela, il doit mettre de côté ses préjugés et apprendre à remettre en question plusieurs points tels que ses méthodes de travail, ses approches d’intervention et ses idéaux, Occidentale dans notre cas. Il doit aussi connaître les cultures avec lesquelles il intervient. Idéalement, il doit se spécialiser, mais le processus d’apprentissage reste le même. Pour qu’il y ait réussite, il existe quatre dimensions importantes à connaître au sujet de notre clientèle principale.

La cohésion sociale, une définition

Mais tout d’abord, qu’est-ce que la cohésion sociale ? Selon le site La Toupie[i], elle « désigne l’état d’une société, d’un groupe ou d’une organisation où la solidarité est forte et les liens sociaux intenses.» Utilisée pour la première fois en 1893 par Émile Durkheim (1858-1917), sociologue du travail, l’expression semble avoir très peu changé depuis. Pour Durkheim, la solidarité entre membres d’un même groupe reste importante à son bon fonctionnement, car elle est intimement liée à la conscience collective. Pour le sociologue, la division du travail est l’une des raisons qui influencent grandement la cohésion sociale, car elle permet l’augmentation le temps consacré aux activités extra-muros en groupe. Cela favorise donc l’intégration et la participation sociales des individus par rapport à un groupe avec qui il partage les mêmes valeurs. Aujourd’hui, la cohésion sociale est désormais liée à la politique et tente de lutter contre les inégalités. En Europe, la cohésion sociale est synonyme de bien-être des membres. L’État doit donc être capable de maintenir un niveau de vie acceptable pour tous avec égalité et sans exclusion. Ce qui n’est pas toujours évident lors de rencontres interculturelles, qu’importe l’endroit où l’on se trouve.

Le respect des droits et libertés, c’est aussi important

Toujours selon le site La Toupie[ii], pour la définition de la notion des libertés fondamentales, il semble y avoir un désaccord universel, car elle est abstraite, mais il semble que ce soit  «l’ensemble des droits subjectifs primordiaux de l’individu, assurés dans un État de droit et une démocratie.»  Ces libertés, gérer différemment selon les pays, sont divisibles en trois grands axes[iii], soit :

  • « Droits de l’Homme;
  • Libertés publiques;
  • Nouveaux droits.»

Le médiateur interculturel se trouvant au centre de chacune des interventions. Il doit se positionner auprès des gens avec qui il intervient, s’adapter à eux en enlevant ses œillères et permettant une liaison entre deux mondes parfois diamétralement opposée dans leur fonctionnement social. Le Québec n’est plus une société traditionnelle comme il l’a déjà été, il n’y a pas si longtemps. Il peut donc avoir un choc à ce niveau lorsqu’un nouvel arrivant s’installe au Québec, que ce soit volontaire ou non. Par contre, pour certains groupes de personnes, nous représentons une menace ce qui peut causer une réticence à collaborer. Il faut donc savoir comment les approcher et bien les connaître. Les quatre points importants à étudier pour une intervention réussie sont les suivants :

  • Historique ;
  • Politique ;
  • Économique ;
  • Socioculturelle.

Milieu d’intervention : ce que je souhaite faire

Personnellement, je souhaite intervenir auprès des musulmans et de la société québécoise. Mon défi est donc multiple. Je devrais donc être capable d’identifier les points communs entre la société québécoise et un ensemble de communautés qui se définissent musulmanes. Le défi est grand en raison du fait que l’Islam est vécu différemment d’une région du monde à l’autre. Certains musulmans vivent l’Islam de façon traditionnelle, d’autres culturelles, tandis que d’autres tentent de le moderniser ou d’assimiler à la culture dominante. La compréhension de la religion diffère aussi d’un endroit à l’autre. Ce n’est pas toutes les sociétés musulmanes qui parlent arabe. Certains pays sont arabophones, mais ne font aucun effort pour apprendre la religion. L’inverse est aussi vrai.

De plus, la population musulmane est très vaste.  Bien que l’on pense, à tort, que les musulmans sont arabes, ce n’est pas le cas. Ces derniers ne représentent que 20% de la population mondiale. La majorité des musulmans sont d’origines asiatiques, principalement d’Indonésie. Ce qui me porte à croire que je devrais approfondir mes connaissances au sujet des musulmans vivant au Québec. C’est-à-dire de connaître l’histoire de leur immigration et de leur installation, de leur situation économique et de leur vie socioculturelle combinée aux politiques québécoises et canadiennes. Bien que j’ai une idée de ce qui se passe, il me manque de l’information pour pouvoir bien les cerner.

Par exemple…

Aussi, avec la lecture du livre: Nouvelles d’humanitaires[iv], en particulier, le texte écrit par Joan Deas, Sous la plage les pavés : souvenirs d’une vie sous blocus, m’a énormément accroché. Elle parle de l’année qu’elle a passée comme humanitaire dans la bande de Gaza. Elle y décrit que les Gazaouis, il est normal qu’un humanitaire blanc, donc occidental, soit mieux rémunéré qu’eux. D’un côté comme de l’autre, il existe une hiérarchisation qui sépare les locaux des gens qui viennent comme aide internationale. Cette séparation n’aide en rien, elle ne fait qu’exacerber la différence entre les deux clans. Par exemple, les postes liés à l’administration ou à la haute direction ne sont réservés qu’aux internationaux. Les locaux obéissent en silence.

« En gros, on considère ici que la loyauté professionnelle, l’appartenance organisationnelle et la culture institutionnelle comptent forcément moins aux yeux du staff local que leur appartenance nationale, ethnique et culturelle, puisque le système même doute de leur loyauté et anticipe leur trahison. On renvoie ainsi chacun à ses origines et à son passeport, que l’on semble considérer comme étant le cœur de l’identité d’un individu. »

Les conséquences

Pour Deas, les conséquences sont importantes, car elles créent des divisions où le groupe opposé est méprisé, voire déshumanisées. Elle mentionne avoir vu des gens issus de l’aide humanitaire ne pas maîtriser la langue arabe ni connaître la culture palestinienne. Ce qui a pour répercussion de causer un mouvement anti-ONG auprès de la jeunesse de Gaza. Idem pour Christophe Gravend dans son texte Kamal Jamil. Pour les travailleurs humanitaires, la sécurité passe par le fait d’être accepté par les différentes strates de la population. Pour cela, il faut donc que cette dernière connaisse le mandat et les modalités qui y sont rattachées. Pour Gravend, le réseautage et les actions menées auprès de la population locale ont donc une importance majeure dans le fait d’atteindre ceux qui en ont le plus besoin.

Réflexion

Ces deux textes me font réfléchir. Dans le cas des Gazaouis, on peut voir l’effet néfaste de la colonisation sur un peuple affaibli par la guerre. Beaucoup de pays musulmans ont vécu ce genre de situation et on peut remarquer que personne ne réagit de façon semblable à une même situation. Chaque personne a son vécu à prendre en considération, mais en connaissant par exemple l’histoire de son pays ou sa langue maternelle, il y a un lien de confiance qui se crée. Moindrement que l’on travaille avec l’être humain, on se doit de créer un pont avec la clientèle avec qui l’on souhaite intervenir. Pour que cela puisse se réaliser, il doit avoir, à la base, un intérêt envers eux. Forcément, en ayant un intérêt pour eux, il va de soi que la curiosité envers l’humain va l’emporter haut la main.

Ce qui est à éviter

Par contre, comme dans toute situation, il y a des aspects importants à éviter.

Les préjugés

Évidemment, il y a la tonne de préjugés qui est associée à la clientèle. Si un médiateur interculturel arrive dans un milieu avec des préjugés et de fausses attentes, la relation entre lui et la personne rencontrée est déjà contaminée et part sur une mauvaise voie. Il faut être capable de mettre de côté nos perceptions par rapport à l’autre. Cela demande du travail autant d’un côté comme de l’autre, car souvent le jugement est source de protection. Il y a un côté rassurant de dire que l’on peut être mieux que l’autre. D’ailleurs, la supériorité de l’intervenant sur le client n’est pas non plus une bonne chose. En effet, cela nuit au dialogue, donc à la réussite de l’intervention. Pour que ce soit une réussite, il faut que la relation soit égalitaire entre les deux. Pour cela, il doit avoir une adaptation de part et d’autre du couple.

Le paternalisme/l’ethnocentrisme

Le paternalisme et l’ethnocentrisme doivent aussi être évités. Les immigrants qui viennent ici sont prêts à bien s’intégrer, mais il faut qu’ils aient leur chance. On ne peut toujours les sermonner et leur dire quoi faire comme s’ils étaient des enfants. Au contraire, si une bonne relation parents/enfants se situe au niveau de la confiance, dans le fait de guider son enfant et le laisser faire des erreurs, c’est la même chose entre un intervenant et son patient. Il doit le guider et le laisser faire des erreurs afin d’apprendre. Et surtout ne pas dire aux immigrants qu’ au Québec, c’est de même que ça se passe ! Ce n’est pas parce qu’ici, nous avons notre manière d’agir qu’elle est meilleure que les autres. Au contraire, ces rencontres devraient plutôt être source d’échanges et d’apprentissages et non de confrontations et de déceptions. L’immigrant est en processus d’adaptation. Il faut donc lui laisser le temps d’observer, d’essayer et se questionner par rapport à ce qui se passe ici tout en l’accompagnant dans ses démarches.

Connaître ses limites

Évidemment en tant qu’êtres humains, nous avons nos propres limites d’interactions. Comme il a été vu en classe, cela réfère souvent à une incompréhension ou une méconnaissance de la réflexion que peuvent faire les autres qui nous entourent. Cela ne se contraint pas seulement aux étrangers, mais à nous-mêmes aussi. Nous avons tous notre réalité que l’on tient pour acquise. Ce que nous vivons, nous le pensons souvent comme étant la normalité, que cela va de soi. Et pourtant, non ! Plusieurs facteurs influencent notre manière de penser, nos choix. Quand nous sommes entourés de gens ayant sensiblement la même éducation, le même rythme de vie ces limites se voient moins. C’est lorsque l’on est confronté à quelqu’un qui, en premier lieu, n’a rien en commun avec nous que ces limites apparaissent. Il faut donc être conscients en tant que médiateur de nos limites et les repousser du mieux que l’on peut.

En conclusion

Le médiateur interculturel doit donc pouvoir agir de façon de favoriser la cohésion sociale tout en gardant les libertés fondamentales des gens avec qui il travaille. Pour cela, il doit posséder des qualités qui vont dans ce sens. La capacité d’adaptation et la connaissance de sa clientèle cible en sont de bons exemples. Il ne faut pas oublier que la plupart des immigrants sont motivés à s’intégrer dans la société québécoise du moment où il est possible pour eux d’avoir une qualité de vie et le respect qu’ils méritent. Les médiateurs sont là pour les aider à faire une transition entre deux réalités, soit l’intégration des immigrants dans une société qui est nouvelle, mais aussi de faire connaître aux locaux, une réalité différente de la leur.

Références

[i] La Toupie : http://www.toupie.org/Dictionnaire/Cohesion_sociale.htm, vu le 9 janvier 2017

[ii] La Toupie : http://www.toupie.org/Dictionnaire/Droits_fondamentaux.htm, vu le 9 janvier 2017

[iii] Idem

[iv] Audet, François, sous la direction. (2016) Nouvelles d’humanitaires Les Éditions Les Malins. Montréal. 277 p.